JUDO : Nico Kanning : « Une médaille, c’est vraiment possible »

Ⓒ Gazette Sports

A l’approche des championnats de France de Judo, Nico Kanning, très attaché à la Picardie, exprime son point de vu sur le judo amiénois et sur la région d’adoption.

Organisés par la Ligue des Hauts-de-France de Judo, les championnats de France de Judo se tiendront ce week-end, les samedi 2 et dimanche 3 novembre. A cette occasion, nous sommes partis à la rencontre de Nico Kanning, triple champion d’Allemagne chez les + de 100 kg et sparring-partner officiel de Teddy Riner. Il pose son regard sur les « Amiénois » qui participeront aux championnats.


Les championnats de France de Judo première division ont lieu ce week-end. Quel est votre ressenti vis-à-vis du fait qu’un tel événement soit organisé ici, à Amiens ?
C’est beau ! Je trouve ça bien, vraiment. Un événement comme ça à Amiens, c’est génial pour le judo amiénois et pour la région. C’est extraordinaire et ça fait une superbe publicité. Malheureusement, il n’y aura pas les meilleurs français dans chaque catégorie. Le calendrier international de la fédération est un petit peu chargé, mais au moins le numéro 2 et le numéro 3 français seront présents. Ce n’est que le numéro 1 qui ne sera pas là. Et ça, c’est une bonne opportunité pour la région et pour tous les clubs de la Somme qui ont, d’ailleurs, beaucoup de licenciés. Ils pourront voir le plus haut niveau en national. Parce que, oui, le plus haut tournoi pour la France c’est le championnat de France 1ère division.

Je suis vraiment très content et heureux que les championnats de France 1ère division soient organisés ici, à Amiens. Je connais quelques personnes qui l’organisent et de ce que j’ai entendu, ça va être très joli. Je leur fais 100% confiance. Et je souhaite aux trois athlètes qui portent les couleurs de notre région de donner leur meilleur d’eux-mêmes. Je pense qu’une médaille c’est vraiment possible. Si on fait deux médailles, c’est extraordinaire
!



Est-ce-que finalement cet événement ne va pas donner plus de piments et permettre de voir des outsiders éclore ?
Oui, ça donne un petit peu de chance pour les outsiders. Après, c’est difficile de gagner les championnats de France de judo en première division. Si tu peux y participer, c’est bien, mais pour décrocher une médaille, ou même un titre, c’est compliqué parce qu’on a quand même une liste de 32 à 36 participants, parfois même 42, dans une catégorie.

Nicolas Kanning lors d’une séance à Airaines



Vous êtes originaire d’Allemagne, mais bien intégré à la Picardie. Vous qui vous êtes investi de plus en plus localement, quel est votre regard sur la région en elle-même ?
Je trouve la ville d’Amiens très intéressante. Déjà parce que Lucie Louette (NDLR : sa compagne) a grandi au JAMP (Judo Amiens Métropole Picardie), une structure spécialisée en judo. C’est grâce au JAMP qu’elle a eu son palmarès et qu’à 18 ans, elle a été la plus jeune championne de France. Elle a douze médailles aux championnats de France première division et quatre titres. Pour nous, c’est notre région paternelle. Une région où on y est vraiment comme à la maison. Je suis encore un petit peu extérieur à tout ça, mais j’observe quand même parce que je suis encore en activité. Lucie a arrêté sa carrière, mais moi je travaille avec Teddy Riner. Le judo c’est une discipline c’est une école de vie.

Après j’observe beaucoup le judo à Villers-Bocage. C’est le premier club de Lucie. C’est un petit club mais avec une bonne structure parce qu’il existe depuis longtemps. On va faire une fusion avec Airaines, Villers et Moreuil. Il y a quand même deux ou trois jeunes qui sont très intéressants à suivre dans les prochaines années chez les minimes. Mais à côté de ça, je ne connais pas trop le niveau des judokas dans la Somme. Il y a beaucoup de monde. A Amiens, il y a beaucoup de licenciés, mais derrière, actuellement, on n’a pas énormément de performances qui vont nous motiver pour les championnats de France première division.

On a Benoît Colin, licencié au club Hauts-de-France d’Amiens, et Luka Lomidze (+100 kilos) qui participent ce week-end. Luka a fait 5ème au championnat du Monde Junior. C’est extraordinaire. Je trouve cette performance superbe. Je suis très content de son évolution cette année, parce qu’il a vraiment progressé, c’est bien. C’est dommage, il ne manquait pas grand chose pour la médaille, mais c’est une bonne expérience pour lui? Pou un premier championnat du Monde, finir 5ème c’est incroyable ! Et en plus il n’a pas perdu rapidement. J’étais vraiment content de sa performance. Je sais qu’il a fait quelques randoris
(NDLR : des simulations de combat) avec Teddy Riner aussi. C’est un mec qui travaille et on espère qu’il va faire un bon tournoi le week-end prochain. Il est formé à l’ASC. S’il décroche une médaille, c’est extraordinaire. Mais dans tous les cas, pour lui, ça va être un super tournoi. A voir comment ça va évoluer. Après il y a des filles qui ne sont plus à Amiens, comme Virginia Aymard (-48 kilos).

Nicolas Kanning n’est jamais loin de Lucie Louette…



Selon vous, Luka Lomidze pourrait prétendre aux Jeux Olympiques de 2024 ?
Ça pourrait toujours, mais il faut aller chercher la place (Rires). Normalement, ça va être son objectif. C’est bien d’avoir un objectif comme ça, mais avant, il est encore Junior et le temps passe très vite. Entre 2024 ou 2028, il y a encore beaucoup de choses à faire. C’est-à-dire déjà gagner une médaille aux championnats de France 1ère division, ensuite les Championnats Europe, Championnats du Monde, et les Jeux Olympiques. Il faut penser étape par étape. C’est très important. Si on va trop vite, on va rater des marches et on risque de tomber et de remonter plus doucement. Après, on verra ce qu’il se passe. Là, il fait la 5ème place, mais peut-être que dans deux ans il fera une médaille chez les Séniors. Tout est possible. On va voir comment se déroule le championnat de France et on va le suivre pendant les prochaines années. En tout cas, je ne lui souhaite que le meilleur. 

Luka Lomidze 1
Luka Lomidze, un espoir amiénois qui s’entraîne à l’INSEP au coté de Teddy Riner



Et votre regard sur le judo amiénois ?
Malheureusement, le niveau est bas ici. C’est catastrophique. Je suis très triste de ça. On ne peut pas mentir, depuis deux ou trois ans, on n’a pas les résultats sur Amiens. Depuis un an et demi, avec Lucie, on suit vraiment le niveau ici. On voit des petits clubs avec des athlètes qui ont un bon niveau. On se dit même parfois « Oui, c’est possible, il y a quelque chose ». On vient d’une génération où nous avons eu Morgane Ribout, championne du Monde en 2009, Pénélope Bonna, championne d’Europe en 2011, Lucie Louette, championne d’Europe en 2013, Loïc Korval, médaillé en première division et qui va combattre le week-end prochain d’ailleurs. On a tellement de filles super fortes, qui sont passées par le JAMP. L’année dernière, c’est Madeleine Malonga qui a été championne du Monde en titre. Elle était au Pôle d’Amiens. Mais attention, vers 2007, le Pôle d’Amiens n’était pas comme aujourd’hui. C’était une génération formidable. Et depuis cinq saisons, on est plutôt dans une période noire. Depuis trois ans, on a gagné aucune médaille, que ce soit aux championnats de France ou à l’international. Malheureusement, c’est la triste vérité.
C’est pour ça que c’est bien qu’on ait les championnats de France ici, à Amiens. On a une magnifique structure, on a une ville très sportive et on est quand même présents. On a beaucoup de disciplines sportives. C’est une ville jeune et attractive. On pose un événement énorme. Il y a plein de clubs sportifs qui font un super boulot. Il n’y a rien à dire, je pense qu’ils sont bien encadrés et que c’est un bon niveau.



Allez-vous soutenir les Amiénois, ce week-end ?
Bien sûr ! Mais clairement, lors d’un championnat comme celui-ci, celui qui fait un podium, qu’il soit Amiénois ou non, si il a fait une bonne performance, je suis heureux pour lui. Particulièrement, j’ai un petit faible pour Luka parce qu’il vient vraiment d’Amiens. Et je sais que Benoît Colin est vraiment un candidat pour gagner une médaille et ça, ça serait bien pour la région, pour améliorer son image.
Notre niveau n’est pas là, mais on a le potentiel. On a des athlètes qui peuvent percer. Mais il faut être réaliste et accepter qu’on soit très bas, et que maintenant, on peut aller de l’avant. Et c’est possible. C’est dur ce que je dis, mais pour moi c’est ça. 



On sent votre motivation pour le local, l’Amiénois au sens large. Vous avez un vrai sens du territoire. Vous pourriez préférer une autre ville, mais vous avez adopté la Picardie dans votre cœur ?
Ça me fait vraiment plaisir. L’amour m’a ramené ici et Amiens a une belle histoire au niveau du judo. C’est pour ça que ça me motive à continuer. On est venu ici parce qu’il y a la famille, et il y a une tradition du judo ici. Une tradition avec de vraies médailles et de vrais champions. Et on en a encore actuellement ! Madeleine Malonga, qui est championne du Monde, Sarah-Léonie Cysique, qui est 5ème au championnat du Monde et qui est aussi passée par le Pôle Amiens, Lucie Louette. D’ailleurs elles viennent mercredi (NDLR : Entraînement de l’Equipe de France). Voilà, c’est ma motivation pour être ici en fait, je veux pouvoir aider et faire en sorte que ça redevienne comme avant. Peut-être que les championnats de France 1ère division sont une motivation, peut-être est-ce un démarrage pour la région, peut-être que cela va donner un petit déclic aux licenciés pour aller de l’avant au niveau des compétitions. Mais, peu importe comment finit le championnat, je pense que ça donnera un boost au niveau du judo.





Angélique Guénot

Crédits photos : Léandre Leber – GazetteSports

Publié par La Rédaction

Gazette Sports est votre webzine sur l'actualité des associations sportives d'Amiens Metropole et ses alentours.