FOOTBALL : Cheick Timité – « Partout où je vais il faut qu’il y ait du plaisir » (1/2)

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Révélation de la saison passée avec l’Amiens SC, Cheick Timité a prolongé son contrat jusqu’en 2021 avec le club. Entretien avec un joueur au parcours atypique, pour qui le « plaisir » est un moteur au quotidien.

 

Cheick Timité, tu as un parcours atypique, puisque tu as commencé le football en club alors que tu étais au lycée…

Oui exactement, avant de jouer au foot en club je faisais d’autres sports, comme la boxe anglaise, j’aimais le football américain aussi mais comme c’est pas l’Amérique ici (rires) et je jouais au foot dans la rue pour m’amuser. Mais quand j’étais au lycée on jouait au foot avec les potes après l’école, et ils m’ont dit : « Pourquoi tu ne viens pas avec nous jouer à Nanterre ? ». J’ai accepté, même si c’était loin de chez moi, car j’étais dans le 78 et Nanterre est dans le 92. Donc j’allais jouer avec eux en club, histoire de prendre du plaisir. Et à la fin de cette année, Ajaccio est venu me voir et m’a fait faire des tests et j’ai été pris. Franchement je ne m’attendais pas à être pris dans un club professionnel ! 

« Franchement je ne m’attendais pas à être pris dans un club professionnel ! « 

C’était une grosse surprise d’être repéré par un club pro ?

Oui, car avant de faire du foot en club, ça n’était pas un rêve d’être professionnel, je n’y pensais pas. Je voyais les footballeurs à la télé, j’étais content pour eux, mais c’était tout. Par contre, dès que j’ai mis le pied dedans, je me suis dit : « ça y est je veux devenir pro ! » Il fallait que je devienne professionnel. 

Avant cela, tu te voyais dans quel métier ?

Quand j’étais au lycée je pensais aller dans le commerce, j’allais faire des études pour travailler dans le commerce. Quand je suis parti à Ajaccio j’ai continué mes études au centre de formation et j’ai un bac en commerce.

N’ayant pas connu le cursus « classique » du footballeur passé par la pré-formation puis le centre de formation, tu ne sentais pas un décalage avec les autres joueurs ?

Parfois je sens que je suis un peu sur la retenue

Quand je suis arrivé à Ajaccio, le coach m’aimait bien car il me disait : « Tu as de la folie en toi, tu n’as pas les mêmes bases que les autres ». Les autres c’était contrôle-passe, ils étaient un peu comme des robots, alors que moi, selon mon coach, je mettais de la folie avec le ballon, je pouvais faire d’autres choses. D’ailleurs, j’ai parlé récemment avec un ami qui me suit depuis que j’ai commencé et qui m’a dit : « J’ai l’impression qu’ils t’ont enlevé ce petit truc de folie ». Je lui ai répondu que c’était comme ça le foot, c’est le monde professionnel, c’est peut être ce monde là qui demande ça. Mais même moi, parfois, je sens que je suis un peu sur la retenue.

Aimerais-tu que cette « part de folie » revienne ?

Je pense aussi que c’est une question de confiance. Mais en tout cas je suis confiant, ce que je fais c’est bien, j’aime bien ce que je fais en ce moment, c’est propre. Après, ceux qui m’ont connu avant n’aiment pas trop ce côté « propre » de maintenant, ils aimaient bien quand c’était la folie, quand ça s’éclatait. J’y pense parfois, mais ça reviendra, pour le moment je reste concentré sur les vraies bases du foot et je continue à apprendre beaucoup de choses.

C’est quoi le foot pour toi ?

Le foot c’est une passion, c’est un moment de plaisir, c’est une joie et c’est le meilleur sport au monde selon moi. Ça représente beaucoup le foot, aujourd’hui c’est intégré dans ma vie et ça passe avant beaucoup de choses. Parce que c’est là que je prends beaucoup de plaisir. Si demain je travaille dans une grosse entreprise et que je gagne le même salaire qu’aujourd’hui, je ne serais pas aussi heureux que lorsque je suis dans le vestiaire. Il y a des moments à partager dans le vestiaire que je n’aurai jamais en étant derrière mon bureau. 

C’est le meilleur sport au monde selon moi

Ton moteur c’est clairement le plaisir ?

Pour moi c’est le plaisir, partout où je vais il faut qu’il y ait du plaisir. Parfois tu parles avec des gens qui te disent : « On sent que tu n’as pas la rage ou la détermination ». Non, moi je ne suis pas comme ça, pour moi le foot c’est du plaisir et c’est comme ça que j’ai appris, c’est comme ça que j’ai toujours joué, et c’est de ça que tout est parti. Je n’ai pas construit ma carrière à partir d’une rage.

Au-delà de ton plaisir, c’est agréable d’en donner au gens ?

Oui, il faut que les gens qui se déplacent soient heureux quand ils rentrent chez eux, c’est ça qui est important. Il ne faut pas qu’ils rentrent chez eux déçus. Quand tu gagnes tu es bien et tu sais qu’eux aussi sont bien.

Tu évoquais les moments partagés dans le vestiaire; ce sont des choses essentielles à ton bien-être ?

Oui c’est ça, exactement. Il ne faut pas que je sois isolé dans un vestiaire, je n’y arriverais pas. Ce n’est pas que je n’arriverais pas au niveau du football, je vais jouer, je vais bien m’entraîner et faire des bonnes performances, mais quand je vais rentrer chez moi je me dirais que j’aurais préféré être dans un bureau. S’il n’y a rien dans le vestiaire alors je préférerais être dans un bureau. J’aime quand il y a une bonne ambiance dans un vestiaire, ça ne veut pas dire forcément crier, danser, chanter, non, c’est se parler, échanger des mots, être coéquipier, se dire les choses en face, ne pas être hypocrite.

La seconde partie de notre entretien avec Cheick Timité est à retrouver ce samedi 31 août, à 9h, sur notre site et notre page facebook.

Propos recueillis par Leandre Leber et Quentin Ducrocq

Crédits photos Leandre Leber Gazettesports.fr

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