ATHLÉTISME : Sacré William Aubatin ! Mouchet et Herman médaillés

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L’Amiens Université Club arrivait en force aux Championnats de France Élite qui se sont déroulés du vendredi 26 au dimanche 28 juillet. Les 17 athlètes amiénois reviennent de Saint-Etienne avec 10 finales et 3 médailles. 

William Aubatin : Champion de France – Saut en Hauteur

Pas forcément le plus attendu, William est d’abord passé par un concours de qualifications  où il a échappé de peu à l’élimination. Focalisé sur ses intentions en finale, il remporte le concours aux essais avec une meilleure barre franchie à 2 mètres 16. Un moment fort pour celui qui depuis 2014 collectionnait les finales nationales sans jamais parvenir à tirer son épingle du jeu. Il conjure sa « malédiction » avec une première médaille, en Elite et en or. Il nous raconte ce moment si particulier.

« Je n’arrive toujours pas à réaliser »

Comment résumes-tu ton week-end ?

Je n’arrive toujours pas à réaliser, je ne peux pas vraiment dire ce que je ressens. J’ai l’impression de rêver. Je n’en reviens pas. J’en ai beaucoup discuté mais je n’ai pas réalisé même en ayant la médaille dans les mains. Je me suis surpris en gagnant de cette façon.

Tu as fait le choix de démarrer plus haut que certains lors du concours de qualifications (2m07). Tu as d’abord échoué par deux fois avant d’effacer cette barre. Tu t’es fait peur ?

J’avais fait le choix de commencer haut car habituellement j’arrive à avoir un échauffement rapide et efficace. Cela a encore été le cas. Je prends l’initiative de passer deux barres (2m00 et 2m10), je me sentais très bien. J’étais confiant, rassuré par ma course d’élan. Je me disais que 2m07 c’était bien pour commencer. Mon premier essai était bien et avec une belle marge mais je me laisse tomber derrière la barre et ma main droite vient heurter le poteau ce qui m’amène à l’échec. Au deuxième j’ai été trop relâché, il n’y avait pas de juste milieu, ce n’était pas un vrai saut.

« Il y a eu une part de doute »

Après ces deux échecs quel a été ton sentiment ?

Il y a eu une part de doute. Mais l’expérience est revenue. Je me suis dit que cette barre je la passais régulièrement à l’entraînement, que j’avais fait mieux à l’échauffement. J’ai repris mes moyens. En descendant du tapis je me suis rendu compte que c’était la fin du concours de qualification. J’étais tellement concentré que je n’avais pas réalisé que j’étais le dernier à sauter.

Ce concours de qualification s’est déroulé le vendredi, la finale devait se tenir le samedi à 20 heures et a finalement été décalée au lendemain midi compte tenu des intempéries. Comment tu as géré ces heures d’attente supplémentaires ?

Ce qui est drôle c’est que pendant un mois, connaissant les horaires de la compétition, on s’est habitué à s’entraîner un peu plus tard que d’habitude pour justement se caler avec l’horaire de la finale. J’ai bien géré ce décalage. Je pense que c’est lié au concours de qualification. Il faut le dire c’était pourri. J’ai manqué de faire zéro, le gros stress était passé.

Avant d’arriver aux grosses barres, tu étais celui qui avait fait le moins d’échecs. Au fil du concours tu as construit une certaine confiance ?

Mon échauffement a été très mauvais mais je ne me suis pas inquiété. J’ai commencé à 2m01. Je ne voulais pas faire la même erreur que lors du concours de qualifications. A 2m01 j’ai senti que j’étais bien. Je commets un premier échec à 2m06, j’ai reculé ma marque de ma propre initiative alors que Jean-Paul (ndlr : Bourdon son entraîneur) allait me le demander. On était en symbiose. Je passe 2m10 puis 2m13 au premier. Je fais un deuxième échec dans le concours à 2m16 mais je sais pourquoi ça n’allait pas. On a reculé d’à peine un demi-pied et c’est passé.

Les membres de l’Amiens Université Club qui suivaient ton concours t’ont trouvé différent, davantage dans ta bulle qu’à ton habitude. Tu approuves ?

Complètement. J’étais concentré sur moi même. Je me suis rappelé de la malédiction qui me suivait en championnats. Je faisais déjà parti des favoris mais je n’étais jamais revenu avec la médaille autour du cou. Mon premier adversaire c’était moi-même. J’ai su me motiver pour montrer que je pouvais être présent. Jean-Paul nous fait tellement travailler par rapport à nos ressentis que je savais lorsque je devais effectuer des réglages. Je ne suis jamais sorti de ma bulle. Dès le début du concours j’étais en guerre contre moi même. Au delà du titre je cherchais surtout à sauter le plus haut possible.

Vous étiez 4 à avoir passé 2 mètres 16, personne ne passe lors des deux premiers essais à 2 mètres 19. Tu étais le deuxième à sauter. Juste avant toi Dorian Lairi échoue et tu es alors assuré d’être médaillé, tu y penses à ce moment là ?

Même pas. J’étais tellement concentré que j’aurai voulu une quatrième tentative à 2m19 (rires). Mon premier essai est pas mal et je le ressens. Il y avait moyen de passer. Au troisième je suis en manque de place dans la montée et je touche la barre. C’était mes deux essais les plus concluants à 2m19 après mes tentatives à 2m21 cet hiver à Sainte-Croix (il y avait réalisé son record avec 2m18). Une fois out forcément je pensais à mon classement et j’espérais qu’ils ne passent pas non plus. Comme me le dit Jean-Paul « tu es sur un ring de boxe, il faut avoir envie d’être le dernier à terre ».

J’entendais entre les essais « Allez William, dès le premier ». Le plus dur dans un concours c’est de montrer par les actes que tu as encore plus envie de réussir que ce que ceux qui te supportent et attendent de toi derrière la grille. La seule façon pour toi de le montrer c’est de réussir.

Après les échecs des deux derniers concurrents à 2 mètres 19 tu deviens donc Champion de France, c’est compliqué de se réjouir quand le concours se termine comme cela ?

Oui c’est particulier (rires). J’ai bien mis deux à trois minutes avant de comprendre, j’ai forcément eu du mal à l’extérioriser. Quant tu gagnes un concours en passant une barre et pas les autres c’est beaucoup plus facile. Même après coup c’était un petit « yes » timide. Ce n’est qu’après que je vais voir la feuille de concours et m’aperçois qu’à 2m13 rien n’était joué. A 2m19 on est quand même 4. Le niveau français cette saison il a progressé. On tente des barres de niveau N1 et c’est bien qu’on soit autant à cette barre. Ce n’est pas les 2m20, 2m25 dans les pays de l’Est mais il faut se réjouir de cette progression dans la densité.

Finalement le podium complet est assez étonnant. Ceux qui sont médaillés ne sont pas ceux qui ont sauté le plus haut cette saison.

Oui en effet. La plus grande surprise c’est Youssef. Il était le dernier pris avec une performance à 2m10 et il arrive à se hisser sur le podium. Il a eu pas mal de pépins cette année, il est allé en Australie pour se perfectionner techniquement puis s’est blessé plusieurs fois à son retour en France. C’est une belle récompense pour lui aussi.

Cela fait forcément plaisir de voir beaucoup de monde se satisfaire pour toi après ce titre ? 

Oui vraiment. Cette médaille est merveilleuse. La malédiction est enfin conjurée, et d’une belle façon. C’est la médaille du premier. Je suis allé la chercher, cela n’a pas été facile. Je n’ai pas cessé de le dire cela a été très dur. Jusqu’aux derniers barres rien n’était joué. Tout est possible en championnats.

William a pu compter sur le soutien de sa sœur Rebecca, sa première supportrice
Vous allez tous au concours pour le gagner mais très honnêtement si jeudi on t’avait dit que tu serais médaillé de bronze tu signais non ? Une médaille c’était déjà bien ?

Ce serait mentir que de dire « oui ». Avec mon parcours on pourrait se dire qu’une médaille c’était bien. J’aime faire les choses jusqu’au bout et cela n’aurait pas été complet. Il y aurait eu du contentement mais ce n’était pas la place attendue. Nekfeu le dit : « Il y a que quand je suis premier que je reste à ma place » (rires). J’avais vraiment envie de gagner. C’était ma place, je ne voulais la céder à personne d’autre.

La saison n’est pas terminée pour William puisque la Fédération vient d’annoncer la liste des sélectionnés en équipe de France pour participer aux Championnats d’Europe par équipes. Après une première sélection en A lors des Jeux Européens, William honorera donc une seconde cape nationale en Pologne du 9 au 11 août prochain. 2019 aura décidément été une saison couronnée de succès pour le nouveau prince de la discipline.

Retrouvez dès demain sur GAZETTESPORTS le portrait de William Aubatin où il évoque son cheminement athlétique de ses débuts à cette saison 2019 qui l’a fait éclore. 

Charlotte Mouchet : Médaillée de Bronze – 800 mètres

Dans une saison où elle a couru après le plaisir, l’half-mileuse amiénoise est venue se hisser sur la boîte derrière deux références de la discipline. Gérant d’abord très bien une série tactique, elle se classe troisième de la finale en 2’05″52. Il s’agit de sa première médaille extérieure en Elite.

Quelle est ta réaction après ce premier podium estival en Elite ?

Je suis très contente de monter sur ce podium des Championnats de France Elite et surtout derrière des filles comme Justine et Rénelle. Ce n’est pas n’importe qui. Elles ont déjà toutes les deux couru sous les deux minutes. J’ai toujours un peu d’insatisfaction vis à vis de la performance. C’était une course pour courir plus vite. Je continue à progresser dans le domaine de la compétition, marche par marche. Je suis contente de ce que fais à l’entraînement donc quand j’arriverai à passer ce cap en compétition j’espère que cela fera de belles choses. 

« Ma saison n’est pas terminée« 

Ma saison n’est pas terminée. Je compte courir au mois d’août en Belgique (dès dimanche à Ninove). Je prends cette médaille avec plaisir, mine de rien c’est un podium en Elite. Je pense qu’ensuite je vais me ré-entraîner une dizaine de jours. Je compte aussi courir sur 1500 mètres. Je veux essayer d’en faire un en tentant plus de choses (ndlr : partie prudemment, elle avait réalisé 4’19″72 à Courtrai). 

Beaucoup d’athlètes se disent fatigués mais toi tu es motivée à repartir à l’entraînement ?

J’avais demandé à Patricia (sa coach) de continuer ma saison jusqu’en août. Je gravis des marches d’escaliers et j’aimerai m’orienter vers des grands championnats qui se courent tard dans la saison. C’est un bon test pour voir si l’on peut tenir une saison entière. Je n’avais pas trop passé de grosses séances au mois de mai, juin pour garder un peu de fraîcheur pour ce mois d’août. J’ai envie, cela me plaît de repartir en compétition en Belgique. Tant qu’il y a le plaisir, il faut en profiter. A l’entraînement cela va encore, le physique est là, il faut y aller. On a pas l’occasion d’être en forme jusqu’en août tous les ans donc il faut que j’en profite. 

Timothy Herman : Médaillé d’argent – Javelot

La troisième médaille pour l’Amiens UC est à mettre au crédit du Belge Timothy Herman qui a propulsé son javelot à 75 mètres 37. Le podium de la discipline s’est donc fait à 4 : les 3 meilleurs français et Timothy qui signe donc la deuxième meilleure performance du concours. L’Amiénois n’est pas parvenu à ré-éditer sa sortie d’Heusden Zolder (80 mètres 48) mais confirme sa régularité au delà des 75 mètres.

Les autres places d’honneur

Stella Akakpo prend la cinquième place de la ligne droite en 11″56 (+0,3 m/s). La sprinteuse avait réussi un chrono prometteur de 11″41 en série. Cela faisait plus d’un an que Stella n’avait pas été chronométrée si vite. Après un 11″89 dans des conditions très compliquées en demi-finale, l’Amiénoise n’a pas ré-édité en finale et doit donc se contenter de la cinquième place.

Le Belge spécialiste de la Longueur Corentin Campener a réussi un championnat de qualité. Il réalise 7 mètres 55 avec un léger vent négatif lors du concours de qualification et améliore même en atterrissant à 7 mètres 61 en finale non loin de sa meilleure marque 2019 (7 mètres 70).

L’international Thomas Jordier n’arrivait pas cette année en réel favori pour le titre. Avec 46″74 comme meilleure marque 2019 avant son arrivée à Saint-Etienne, Thomas s’est rassuré. Auteur de 47″18 en série, le spécialiste du tour de piste a franchement accéléré en demi-finale pour l’emporter en 46″06 (meilleure temps depuis mai 2017). A la bagarre avec les médaillés dans la ligne droite terminale en finale, il doit finalement s’incliner en courant 46″50 contre 46″17 pour la breloque. Expérimenté, Thomas a été sélectionné pour les Championnats d’Europe par équipes et accompagnera William en Pologne. Une occasion supplémentaire pour faire descendre le chrono.

Si Thomas Cuisset ne passait pas le cut des qualifications (15 mètres 65), un Amiénois parvenait en finale du Poids masculin en la personne de Stéphane Szuster. Un seul jet aura suffit à l’Amiénois pour se qualifier, il réalise 16 mètres 46 dès la première tentative. Signant 16 mètres 74 en finale, légèrement en dessous de ses dernières compétitions, il se classe cinquième du concours.

On notera enfin la huitième place de la jeune Rebecca Moustin-Aubatin qui parvient à intégrer la crème nationale au Triple-Saut. Espoir première année, elle a signé un concours d’une régularité impressionnante avec cinq sauts mesurés entre 12 mètres 83 et 13 mètres 01 (+2,2 m/s).

 

Vincent Guyot

Crédits Photos : Amiens UC Athlétisme / Laurie Ptitbuda / GazetteSports – Léandre Leber – Kévin Devigne

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