ATHLÉTISME : Réactions des jeunes athlètes de l’AUC après Angers

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Pour faire suite à l’article témoignant des très bons résultats des athlètes de l’AUC lors des Championnats de France Cadets et Juniors, nous avons échangé avec cinq d’entre eux. Réactions, projections pour la suite, relation à l’entraîneur et réussite collective sont autant de points sur lesquels ils témoignent. 

Thomas Gogois – 16m09 – Vice Champion de France Junior du Triple-Saut 
Comment résumes-tu ton week-end ?

« C’est un bon week-end. Le travail n’a pas été fait à 100% mais cela fait du bien de retrouver le haut-niveau. J’ai eu une saison compliquée avec les blessures cet hiver puis en mai. Je peux dire que je reste sur ma faim. Je voulais ce titre. Je suis content pour la sélection. »

« Il y avait moyen de faire bien mieux » 

« Avec mon coach (Alain Doré), on avait prévu de m’économiser au maximum lors du concours de qualification avec les conditions de chaleur. Le plancher était à 15 mètres 10. Sur mon premier saut je ramène à 15 mètres mais je suis très loin de la planche. Derrière je m’engage un peu plus dans un saut contrôlé et cela suffit. Il faut ensuite aller récupérer et se concentrer pour le lendemain. »

« L’idée sur la finale était de claquer un gros saut sur mon premier essai comme lorsque j’avais gagné chez les cadets (15 mètres 09 à l’époque). C’était compliqué, il y avait pas mal de vent, j’ai beaucoup bougé mes marques. Au cinquième j’arrive à faire 16 mètres 09 mais avec Alain on savait qu’il y avait moyen de faire bien mieux. Je connais bien mes adversaires je savais qu’il y avait un risque d’être battu sur le dernier saut et c’est ce qui s’est passé. Jonathan a validé un saut et me bat de trois centimètres (16 mètres 12). Je pouvais faire mieux, je m’en veux pour ça. »

Un saut à 16 mètres symboliquement c’est important ? 

« J’ai déjà beaucoup mordu de sauts à plus de 16 mètres depuis l’an dernier. Les passer  comme ça, ça soulage. Je le redis, on vise bien mieux avec le coach. Il y aura les Europe pour confirmer et faire encore et mieux. »

La saison n’est pas terminée puisque tu seras du voyage en Suède 

« Représenter son pays, à l’échelle européenne ou mondiale comme il y a deux ans (ndlr : il avait participé aux Mondiaux Cadets au Kenya), c’est spécial. C’est encore plus fort cette année parce que je suis passé par des périodes de doutes. Youcef Bouchoucha (préparateur physique) et Alain Doré (entraîneur) m’ont motivé et je n’ai rien lâché. Youcef me fait évoluer sur tous les plans, il a été un énorme champion. L’association Alain – Youcef est excellente.

« Je veux être champion d’Europe »

Cette sélection fait chaud au cœur ce sera ma sélection. J’en ai les capacités, j’ai des adversaires de taille je le sais mais l’objectif est clair. Je veux être champion d’Europe. » 

Voir les autres amiénois réussir c’est motivant ?

« Avec Jean-Baptiste, on se connait depuis qu’on est petits. Avec Maëlly et Paul le lien est forcément fort aussi parce qu’on a connu notre première sélection internationale ensemble. Paul c’est vraiment quelqu’un de bien. La veille de nos finales respectives nous avons beaucoup parlé, nous nous sommes motivés. Il fallait revenir avec des médailles, des records, une sélection. Alors repartir en sélection ensemble tous les trois c’est grand. »

« lls participent à faire de moi un athlète de haut-niveau »

« Je tenais à remercier l’Amiens Université Club qui m’aide beaucoup. Mon suivi médical avec mon kiné Pascal Labize, mon médecin François Perla, mon dentiste Christian Bitar. lls participent à faire de moi un athlète de haut-niveau. Il y a aussi ma famille, mes amis Corentin, Anathée, Paul et tout mon groupe d’entraînement. Je ferai le boulot aux Europe pour les remercier. »

Erwan Konaté – 7m12 – 5ème (meilleur 2003) du Saut en Longueur Cadet
Comment as-tu enchaîné concours de qualifications et finale ? 

« J’étais stressé pour les qualifications. Heureusement c’est passé pour la finale au troisième saut de qualification (6 mètres 90). Je me disais que je n’avais rien à perdre. L’année a été assez difficile. En finale je suis à la fois surpris et heureux. Nous n’étions que deux cadets de 2003 donc j’espère gagner l’an prochain (ndlr : il n’est que première année cadet). »

C’est fort de vivre ce genre de moments entre athlètes de l’AUC ? 

« Quand Paul, avec qui on se partageait la chambre, a fait son record sur 100 mètres ça m’a boosté. On était tous motivés à l’AUC et on s’est poussés les uns les autres. On voulait le meilleur pour chacun. »

Comment expliques-tu cette performance dans une saison difficile ? 

« J’avais raté les France cet hiver. J’ai eu des soucis de croissances notamment avec des maux de dos. Cela m’a pas mal handicapé alors je suis passé par beaucoup de kinésithérapie. A Angers j’ai su me mettre dans une bulle. Et puis, d’être en concurrence directe avec les meilleurs français ça pousse à se surpasser. »

Quatre de tes camarades de clubs viennent d’apprendre leur sélection, ça donne envie ? 

« Je voulais la sélection cette année, c’est quelque chose d’important. Clairement l’année prochaine je vais tout faire pour me qualifier, je vais me transcender. L’objectif c’est le double titre hivernal et estival. »

Paul Tritenne – 20″94 – Champion de France Junior du 200 mètres
Performant au bon moment 

« Avec mon coach Olivier Vallaeys, j’avais des bonnes sensations. Il y avait du travail de fait. A l’entraînement tout allait bien mais en compétitions le chrono ne sortait pas. Finalement cela sort pile au bon moment. Il a réussi à me préparer pour les échéances majeures chez les jeunes et pour ça je suis content. »

« Au final on retiendra ces championnats de France et pas le reste. Tant mieux pour moi. Cela me permet de faire taire quelques médisants qui pensaient que j’étais fini, ce n’est pas du tout le cas. J’ai fait le bon choix en venant à l’INSEP et cela commence à payer (ndlr : il a intégré la structure fin 2018 pour la rentrée de septembre). Je suis quelqu’un de très anxieux. J’ai du mal à accepter la nouveauté parfois. J’ai reconstruit beaucoup de choses avec Olivier. Il a vraiment pris le temps avec moi. Je savais que c’était le bon choix et cela se confirme. »

Comment tu analyses ton parcours sur le 100 mètres lors de ces championnats ? 

« C’est clairement une déception. Je fais une bonne première partie avec une bonne série et une bonne demi-finale. A chaque fois on voit avec mon coach qu’il y a un blocage au départ. Je pars mal et je revient fort sur la fin. L’objectif c’était de finir premier, y compris devant le Japonais (ndlr : une délégation japonaise avait été invitée par la fédération). On s’est dit que pour le battre il fallait faire un gros départ et ne pas rester dans sa zone de confort. On a tenté un petit coup de poker mais cela n’a pas marché (il termine cinquième, quatrième français). J’ai eu du mal à régler mes blocs et je suis très mal parti. Je suis un peu retombé dans mes travers de début de saison. C’était le jeu. »

Tu étais dans quel état d’esprit le lendemain ? 

« J’avais comme consigne de vraiment tout donner à chacune de mes courses mais j’ai eu du mal à me remobiliser après le 100 mètres. Sur ma série du 200 mètres je n’étais pas très bien, j’avais chaud. Cela s’est ressenti sur la course, j’avais peur de me faire mal et je voulais garder du jus pour la finale. C’est ma course la plus assumée. Mon record commençait à vieillir (rires – Mondiaux Cadets 2017). »

« Je ressens de l’excitation comme si c’était la première sélection »

« J’étais aux Monde l’an dernier à peu près à la même place au ranking que cette année. Me sélectionner c’était l’objectif de la saison mais cela paraissait tellement lointain comme chrono. J’étais tellement recentré sur moi même, ma saison, chacune de mes courses j’avais complètement zappé les grosses échéances. Quand j’ai réalisé que les France c’était ce week-end j’étais surpris. C’est passé vite (rires). Je ressens de l’excitation comme si c’était la première sélection. Ce n’est pas que je m’y attendais pas mais la saison a été tellement difficile, c’est un soulagement. »

« Avec Thomas et Maëlly j’ai fait mes premières grosses sélections. Cela soude. C’est un plaisir de les retrouver à chaque fois. Je dois remercier l’Amiens UC. Ils ont été superbes. On m’a accordé beaucoup de confiance et ils ne m’ont jamais mis la pression. Il ne m’a jamais été imposé quoique ce soit, c’était toujours très ouvert. On a pris de mes nouvelles cet hiver. Je ne pensais pas avoir un tel soutien du club. »

Comment se profile ton programme pour les prochains jours ?

« J’ai deux trois jours plus calmes où on va alléger un peu l’entraînement. Ensuite on va faire un stage de préparation au CREPS de Reims avec toute la délégation qui ira à Boras en Suède. Cela va former un petit esprit de groupe. Là je suis lancé. Les France ont montré que j’étais en forme. L’objectif c’est d’abaisser le chrono. On s’était fixé un objectif avec Olivier et on va tout faire pour l’atteindre. »

Maëlly Dalmat – 6m35 – Championne de France Junior du Saut en Longueur 
Comment analyses-tu ton week-end ?

« L’enchaînement s’est bien passé pour ma part. Je n’aime pas trop ouvrir les concours mais ce week end ça m’a plutôt bien réussi avec un saut que me permet de prendre la tête du concours d’entrée (6 mètres 35). Ça a été l’un de mes meilleurs concours de longueur depuis que j’ai commencé l’athlétisme et aussi celui le plus serré car les filles ont su répondre présentes aussi. »

Un concours stressant avec le retour des autres concurrentes ? 

« Je n’ai pas eu peur, je pense que c’est grâce à mon mental aussi car j’ai su gérer mon concours comme il le fallait. Je ne savais même pas que la deuxième avait sauté aussi loin que moi jusqu’à là fin du concours lorsque le speaker l’a annoncé. J’étais tellement dans ma bulle que je n’entendais rien. »

« Le record personnel fait plaisir, un centimètre c’est toujours ça de pris. Je remercie surtout Laura Arteil car je le dirai toujours mon mental c’est elle. Merci à mon coach de me soutenir et de croire en moi même lorsque ça ne va pas. La sélection c’est le résultat de ma saison et du travail fourni tout au long de l’année. Ce serait parfait d’allier une place sur le podium et une bonne performance. »

Jean-Baptiste Bruxelle – 77m82 – Champion de France Cadet du Lancer de Marteau
Tu arrivais en grand favori sur cette compétition, quel bilan pour toi ? 

« Le but c’était de faire une grande répétition pour le FOJE. Il fallait faire les deux jets d’échauffement, se caler dans le plateau et assurer un premier jet. Pour les qualifications je me suis un peu raté puisque je fais essai (ndlr : lancé raté) sur le premier. Je dois faire un deuxième essai et brûler un peu d’énergie mais j’arrive à assurer un jet à plus de 70 mètres (70 mètres 86). Le deuxième jour ça s’est mieux passé. Je fais deux bons jets d’échauffement et je peux caler un gros premier jet avec 75 mètres 08. Ensuite on s’éclate et on peut aller chercher la performance. »

En fin de concours tu cherches à te lâcher ?

« Sur les derniers essais, il y a de la fatigue qui joue. Le concours a été arrêté pas mal de fois parce qu’il y avait des marteaux logés dans le filet et que le jury n’arrivait pas à les déloger. Il y a eu aussi le changement d’ordre à la mi-concours. J’essaye de m’y remettre lors du quatrième puis je me rate sur le cinquième, et le sixième était meilleur mais je n’arrive pas à rester dans le plateau. »

« Un jet à 79 mètres est envisageable »

« L’objectif c’est vraiment de se préparer en réglant tous les petits problèmes des France pour aborder cette compétition de la meilleure des façons. Un jet à 79 mètres est envisageable. Sur mon jet à 77 mètres 82, le marteau touche le filet sur tout le long ce qui l’a pas mal ralenti. Il y a moyen de faire 79 mètres, maintenant on verra si je suis capable de les faire là-bas. Mon entraîneur ne sera pas là, les repères vont être différents. C’est à moi de réussir à m’adapter. »

De gauche à droite : Serge Foucat, Jean-Baptiste Bruxelle, Maëlly Dalmat et Jean-Paul Bourdon lors de l’AG du CDOS 80.
Un groupe soudé qui tire vers le haut

« Cette année Serge Foucat (son entraîneur) descendait à Amiens trois fois par semaine pour nous entraîner. Les autres jours c’était surtout de la musculation sur un programme qu’il avait préparé. Le groupe vient en compétitions et me soutient à chaque fois, même à l’autre bout de la France et ça compte. »

Tu honoreras ta première sélection, quel est ton sentiment ?

« Une sélection c’est un petit peu le rêve de tous les athlètes. C’est tout le travail de l’année qui est récompensé. Je ferai le maximum pour ne pas décevoir et dire : « j’ai été sélectionné, j’ai fait les choses à fond ». On va tous tout faire pour réussir un très bon concours. Il faudra aller chercher le podium qui ne sera pas joué d’avance. Podium avec un record ça serait bien. Je pense que si je ne fais pas mon record ce podium sera difficilement accessible. Ce sera à moi de réussir à sortir le jet qu’il faut pour avoir ma place. »

 

Vincent Guyot

Crédits Photos : Gwendal Hamon / Baptiste Daniel / GazetteSports – Kévin Devigne

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