COURSE À PIED : Avec Christiane Claisse, la passion s’accentue au fil des kilomètres

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Christiane Claisse dit « Kiki » est une boule d’énergie. Avec le sourire, toujours, la pensionnaire de Vytajog fait son bout de chemin en course à pied, avec comme mot d’ordre le « plaisir ». Une passion qu’elle transmet volontiers à qui en a une toute petite envie…

Rarement, voire jamais, elle n’a rechigné à mettre ses baskets et à courir les kilomètres parce qu’avant tout, Kiki « aime le monde, aime la vie… surtout la vie ! Et j’aime faire plaisir aux gens. » Pourtant, c’est à 50 ans qu’elle se lance véritablement dans l’aventure et rejoint la famille des runners : « J’avais deux enfants, deux garçons, qui étaient passionnés de foot et quand il y avait un magazine qui s’appelait Téléfoot, en fait, eux, ils regardaient et puis moi, j’allais courir avec une amie. » Un moment plaisir pour cette « casse-cou » qui est un peu touche à tout et se définit d’entrée comme une « accro au sport ».

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Puis, un jour, alors qu’elle pratique à Vita Danse, elle rencontre Patrick Durand. Ce dernier, après une sortie randonnée en janvier, propose de l’entraîner, comme d’autres, pour courir le marathon d’Annecy prévu en avril, soit 4 mois plus tard : « On s’est mobilisés, on a fait de grandes sorties, il nous a fait notre plan et j’ai couru mon premier marathon pour mes 50 ans. » Et oui, rien ne fait peur à Kiki qui, en guise de première course officielle, s’est offert un marathon, dont elle garde un souvenir impérissable : « A 5h du matin, on m’a dit, il faut que tu manges du fromage, que tu manges des pâtes. J’ai dit, ce n’est pas possible (rires). » Et si pour la Samarienne, le temps est anecdotique, on peut noter que pour sa grande première elle a terminé en moins de quatre heures : « J’étais contente, mon objectif c’était de partir et finir ! J’étais au bout de ma vie, je n’en pouvais plus, mais une demi-heure après la course, j’ai ressuscité et ça m’a donné l’envie de continuer. »

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Kiki, aux côtés de ses acolytes qui l’ont accompagnée dans son premier marathon pour ses 50 ans.

Le premier marathon d’une longue série

Depuis, Christiane Claisse en a fait du chemin. Avec la création de Vytajog par Patrick Durand, elle s’investit en tant que vice-présidente puis présidente jusqu’en 2011 et réalise la plupart du temps un marathon en France et un à l’étranger. Entre-temps, et jusqu’à aujourd’hui, c’est presque difficile pour elle d’énumérer les nombreux marathons auxquels elle a participé, mais pour n’en citer que quelques-uns, sur les 80 : Budapest, New York, Dublin, Luxembourg, Stockholm, Venise ou encore Saint-Pétersbourg… Des challenges, auxquels elle dit rarement non, qui l’ont amenée « à faire des voyages qu’elle n’aurait jamais fait » et à avoir un compteur de kilomètres courus bien fourni, qu’elle ne souhaite pas divulguer, même si on doit vous avouer qu’on est désormais dans la confidence, car pour elle ce qui compte c’est « le plaisir de courir, le plaisir de marcher » comme la devise de Vytajog.

Des courses toujours plus longues…

Très vite, Kiki a fait le choix de courir aussi pour soutenir des causes. Avec Marie-Cécile Bourgois, son amie de longue date, elle a fait « La petite Loire », longue de 400 km, pour Chloé, une jeune fille atteinte de maladies orphelines et d’autisme : « Accompagnées de nos maris, on a pu partir et on a dû récolter à l’époque, je crois que c’était 2 000 €. Son papa et sa maman étaient venus sur une étape pour nous voir, et une fois qu’on a fait cette étape-là, on s’est dit qu’en 2015, il y avait la Grande Loire. Un truc de dingue ! Donc on a fait de Saint-Gerbier-des-Jons de la source de la Loire jusqu’à Saint-Brévin-les-Pins. Donc là, c’était 1025 kilomètres en 17 jours sans repos. »

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Kiki et Marie-Cécile Bourgeois, son amie avec qui elle a partagé de nombreuses courses longue distance.

Toujours plus pour la Picarde, qui s’est adonnée à d’autres courses de longue distance comme les 100 km de Millau, l’Ultra Marin ou encore les 500 km de Lignac-Lodev où, avec son acolyte, elles accumulaient chaque jour un peu plus de retard mais prenaient soin de se lever de plus en plus tôt pour repartir au point d’arrêt de la veille : « On se levait à 3h du matin et on repartait finir les 70 bornes qu’on n’avait pas finies jusqu’à 7h du matin. Et, à 7h du matin, on reprenait la journée. » Et malgré la souffrance, et les hallucinations qu’elle a pu avoir à la fin, elle garde un souvenir impérissable d’Annie Paringaux, vainqueure de l’édition en 3 jours et demi, qui l’a attendue à son arrivée à 5h30 du matin : « On était les deux dernières, elle nous a attendues pour nous féliciter. Je me suis dit mais attends, c’est pas possible. Ça fait trois jours et demi qu’elle est arrivée, elle pouvait se reposer, partir, dormir mais elle était là. Elle m’a aidée pour aller aux douches, tout ça ! Quand j’y repense, je me dis que ce n’est pas possible. Je la remercie tout le temps, cette fille-là. Ça m’a touchée, ce sont des moments de vie, ça n’a pas de prix.« 

Le partage, un élément essentiel

Ce qu’elle aime aussi, c’est son mari, Jacques, « une perle » qui s’est lui aussi épris de passion pour la discipline, mais en tant qu’accompagnateur. Ces courses sont l’occasion pour le couple de partager, de voyager et de vivre des émotions ensemble. Et même si son mari se retrouve « conducteur de camping-car », « chargé comme un baudet », il est toujours « aux petits soins » pour Kiki, qui pour parvenir à avaler tous ces kilomètres a besoin de « son roc ! Quand t’as plus de mental, de jambes… Il est là pour te soutenir, c’est important ! » Le goût de l’effort, partagé, amène les deux compères à planifier des périples de leur côté, comme celui de la source de la Somme à Saint-Valéry-sur-Somme, ou encore Saint-Jacques-de-Compostelle sur 1600 km, une expérience qui les a déconnectés de tout mais qui n’a pas empêché Christiane de revenir à son deuxième amour, la course à pied.

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Jacques, le pilier de Christiane qui l’accompagne dans toutes ses folies !

Et nous l’évoquions dans le portrait de Flora Bove, les longues distances créent souvent plus de liens. Kiki connaît maintenant des gens un peu partout, et a fait des rencontres sur chaque course, où elle a pu apporter son soutien ou en bénéficier, chose très importante dans les moments clés. Et, pour les aficionados des courses du coin, vous devez certainement entendre des « Allez Kiki », qui résonnent aussi dans d’autres villes de la région à la surprise de l’intéressée, à qui « ça donne du peps ! ». Mais à l’entraînement, la Samarienne est aussi un boutentrain qui transmet sa passion pour la course à pied : « Il y a des filles, le mercredi, elles ne font aucune course mais elles sont tellement contentes de se retrouver. Si je suis là, on vient. Si je ne suis pas là, on vient pas. Je leur dit non, faut venir courir quand même ! »

Vytajog dans le coeur !

Une bienveillance et une solidarité innées qui ont amené sa sœur à la renommer « soeur Thérésa ». C’est ainsi logiquement qu’elle s’est investie au sein de Vytajog dès les débuts, qu’elle a pris plaisir à voir évoluer au fil des années. Celle qui fait partie des ex-présidentes n’a aucun regret : « A un moment donné, je me suis dit, c’est tout. Il faut laisser ta place. T’as le bébé, il est né, il grandit. Là, il est adolescent, aujourd’hui, il est adulte et il n’est pas vieillissant parce que justement… Il continue de grandir ! » Une bienveillance à toute épreuve, qui ne l’a pas amenée à tourner la page puisqu’encore aujourd’hui elle est bénévole au sein du club. Et rien de tel pour la ravir que de voir ce club prendre de l’ampleur, être reconnu et changer : « Il y a des gens qui sont toujours dans la nostalgie. Si t’es dans la nostalgie, tu n’avances pas ! J’aime la nostalgie, mais à un moment donné, il faut que tu évolues… On a fait plein de trucs, on a amélioré plein de choses, on a repris le trail de Cottenchy et Amandine (Dejancourt, ndlr), alors elle, je la suivrai tout le temps, tant que je peux ! »

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Le Cottenchy Trail Aventure, organisé par Vytajog réuni coureurs aguerris et amateurs en plus des marcheurs !

Une confiance les yeux fermés, et un engagement lors des entraînements qui date encore des débuts de l’association quand Patrick Durand disait : « bon, on court, mais on vient rechercher les derniers », une manière d’inclure tout le monde et pour chacun de « ne pas se sentir exclu parce que tu vas moins vite. » Kiki ne se lasse pas de l’esprit du club où il y a « ce partage, cette solidarité » entre les adhérents, des éléments essentiels pour elle.

Loin de la montre, l’instinct et la passion

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Kiki et ses deux fils, avec qui elle a couru le marathon d’Annecy en 2021.

La Samarienne l’avoue, elle n’a jamais « pas envie », avec plusieurs sorties par semaine, elle varie les activités entre piscine, marche nordique, vélo. Aujourd’hui, elle fait partie de ceux qui courent sans montre, aussi bien à l’entraînement qu’en course, et la plupart du temps « au feeling ». Au fil du temps, elle a appris à partager cette passion avec la famille tout entière : « Pour mes 20 ans (de course à pied), je suis retournée à Annecy, faire le marathon, avec mes deux garçons ! Aujourd’hui, ils me dépassent, et je suis contente ! Mes petits-enfants courent aussi, ma famille, mes amis, des amis que j’ai mis à la course à pied qui continuent. » Rien de tel pour la ravir !

Et si elle a échappé aux blessures, Christiane, du haut de ses 74 ans, sait qu’à un moment donné « il faudra s’arrêter ». Cette hyperactive répand le virus de la course à pied tout autour d’elle, mais avec l’esprit du dépassement de soi et de la fierté intime que l’on peut ressentir en se challengeant, sans chercher la lumière. Des valeurs fortes et bienveillantes qui l’animent, et qui lui sont rendues. Bientôt, Kiki se lancera encore un nouveau défi, « peut-être le dernier », mais pour l’instant c’est secret-défense sur le sujet…

Dorine Cocagne
Crédit photo : DR – Christiane Claisse, Théo Bégler et Reynald Valleron – Gazettesports.fr (une)