Voici déjà 40 ans, Jean-Claude Leclercq devenait champion de France sur route. Cette même année, en 1985, un Français remportait le Tour de France pour la dernière fois.
Bernard Hinault ramenait à Paris, pour la cinquième fois, le maillot jaune de la Grande Boucle. À cette époque, on avait du mal à imaginer que, 40 ans après, le « Blaireau » attendrait toujours son successeur. Aujourd’hui, on se demande même si le successeur de Bernard Hinault est né. Puisque nous en sommes aux souvenirs, rappelons que voici un demi-siècle, en 1975, Bernard Thévenet mettait fin à l’hégémonie d’Eddy Merckx en ramenant aux Champs-Elysées le maillot jaune que lui remettait alors le Président de la République.
Mais le souvenir que nous voulons mettre en exergue concerne un coureur samarien, dont les parents habitaient alors à Picquigny. Il s’agissait de Jean-Claude Leclercq, alors complètement inconnu, qui avait créé une grosse sensation le dimanche 23 juin 1985 sur le circuit de Chailey, petite bourgade de 600 habitants, et qui avait réussi la prouesse d’organiser ces championnats de France sur route. Nous étions près d’Auxerre, et l’entraineur Guy Roux, qui aimait le cyclisme, n’avait pas voulu manquer cette journée, qui devait attirer un public record. Nous étions à une semaine du départ du Tour de France. Ces championnats de France professionnels sur route devaient tourner au fiasco pour les grandes équipes comme Renault, La Vie Claire, Peugeot, et sourire à la modeste formation Skil, dirigé par le Vicomte de Gribaldy, qui, en ce jour béni du 23 juin 1985, allait signer son plus beau succès en tant que directeur sportif.
Quant à Jean-Claude Leclercq, il terminait détaché, et le deuxième Charly Berard était relégué à plus d’une minute trente, tandis que Martial Gayant, autre Picard, prenait la troisième place. Ce fut surement le succès le plus inattendu de toute l’histoire du cyclisme français. Un succès qui n’a pas plu mais pas du tout à Bernard Hinault, Laurent Fignon, ni au sélectionneur de l’équipe de France, qui ne retiendrait pas Jean-Claude Leclercq en fin de saison, pour participer au championnat du monde. Ce qui fut considéré à l’époque comme une véritable injustice car, en général, le porteur du maillot tricolore est sélectionné d’office.
Jean-Claude Leclercq était le premier surpris par son succès, mais ce maillot ne souffrait aucune contestation au terme d’une épreuve longue de 258 km, qui n’avait vu que 28 coureurs franchir la ligne d’arrivée. Les journalistes se penchaient alors sur la personnalité de ce nouveau champion de France. C’est que Jean-Claude Leclercq bien que né à Abbeville avait jusqu’alors vécu en Suisse. Ses parents résidaient alors à Picquigny où se trouvait l’usine la LUWA. Son père, Daniel Leclercq se voyait proposer de partir travailler en Suisse pour le compte de cette entreprise. C’est ainsi que le petit Jean-Claude a effectué sa carrière de cycliste en Suisse et qu’il a ensuite tapé dans l’oeil de Jean De Gribaldy. Ce dimanche 23 juin 1985, nous ne l’avons pas oublié et pour cause.
En effet, les parents de Jean Claude devaient réunir, ce soir-là, dans leur maison de Picquigny, leurs amis, pour fêter comme il se doit, ce titre de champion de France. Quelques jours plus tard, Jean-Claude revenait à Picquigny, et nous en avions fait l’écho dans le quotidien sportif L’Equipe. Par la suite, Jean-Claude Leclercq devait remporter la Flèche Wallonne en 1987, puis devenir commentateur à la télé suisse, avant d’être nommé Directeur Technique National en Suisse. À Picquigny, Jean Claude Leclercq donnerait des idées à un certain Philippe Ermenault, qui découvrait alors le sport à travers le judo, mais qui bifurquerait vers le cyclisme. Jean-Claude Leclercq ne fut pas étranger à cette nouvelle passion qui animerait bientôt le jeune Philippe Ermenault.
Lionel Herbet
Crédit photo : TV Suisse – DR

