Ce mardi 3 mars, le Conseil départemental de la Somme, ainsi que le Comité Départemental Olympique et Sportif 80 organisaient une conférence autour du « sport pour toutes », en présence de plusieurs athlètes ambassadrices sur le territoire.
Ce fut une excellente conférence ce mardi soir, à la Maison des Sports à Amiens, sur le sport féminin. À cette occasion, il n’était pas forcément question de performances, mais d’obstacles qui se dressent justement devant ces sportives. Cette conférence a été animée par Jean-Christophe Favereaux, le directeur du service des Sports du Conseil départemental de la Somme, qui en a profité pour mettre en avant des questions et thèmes rarement abordés.
Cela peut expliquer qu’aujourd’hui, le sport féminin a pris une place un peu plus importante que jadis. Une place hélas encore insuffisante car, au niveau des médias, les sportives sont loin d’être au niveau de leurs homologues masculins. Cependant, les six ambassadrices présentes, à savoir Vanessa Lokuli (athlétisme), Maëlle Traore (boxe française), Tiphaine Mauchant (athlétisme), Erika Sauzeau (para-aviron), Jeanne Lechevalier (natation) et Louise Marie Thevenin-Lebrun (course pédestre de longues distances), ont accepté de répondre aux questions qui leur ont été posées.
La difficulté de financer sa carrière
Ces six athlètes, soutenues cette année par le département de la Somme, ne font pas fortune au cours de leur carrière sportive, et beaucoup consacrent leur temps ou presque à l’entraînement. Un exemple sur les difficultés financières et surtout l’injustice dont les sportives sont victimes : il est commun que les prize-money des catégories féminines soient moins élevés que ceux de leurs homologues masculins. Ou encore l’exemple de Tiphaine Mauchant, qui est également éloquent, puisqu’alors qu’elle était à son meilleur niveau, l’athlète a été victime d’une lourde blessure et depuis deux ans elle est malheureusement privée de son sport favori. Les sponsors et les aides se sont envolés et, actuellement au chômage, la sociétaire de l’Amiens UC craint le jour où elle ne sera plus aidée par l’État, comme de nombreux athlètes.
Briser les tabous de l’intimité
Autre problème abordé ce mardi soir, celui de l’intimité de la sportive. Un sujet dont on ne parlait jamais, ou très rarement, il y a encore quelques années et qui est revenu sur le tapis récemment, à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina et des déclarations de la patineuse Amber Glenn. Tiphaine Mauchant a elle aussi parlé sans détour de la période de ses règles : « Certes, il m’arrive de souffrir mais cette période n’est pas perturbante. Au contraire, il m’arrive d’avoir la niaque. Il faut s’adapter. »
Quant à la maternité, Louise Marie-Thevenin, qui va être maman dans quelques mois, évoquait que la course à pied lui « manque vraiment ». Mais là aussi les mentalités ont évolué et surtout attendre un enfant ne signifie pas d’arrêter de s’entraîner totalement, comme on a pu le voir avec Clarisse Agbegnenou ou encore Manon Apithy-Brunet. Pour maintenir son activité physique, la spécialiste des 100 km et internationale française pratique alors le yoga, la natation et la marche.
D’autres thèmes ont été abordés lors de cette soirée, comme par exemple la place dérisoire accordée dans les médias au sport féminin, la possibilité d’aller poursuivre sa carrière aux États-Unis ou encore le harcèlement dont sont l’objet les athlètes quand elles s’entrainent seules. Les chiffres sont impressionnants, et ici Erika Sauzeau témoignait ne plus courir seule, mais accompagnée de son époux, Fabrice. Des difficultés au quotidien, que le Département de la Somme tenait à mettre en avant en parallèle de l’accompagnement financier qui est mis en place, comme Jean-Christophe Favereaux l’a rappelé en conclusion.
Lionel Herbet
Crédit photo : Lionel Herbet – Gazettesports.fr

