HOCKEY SUR GLACE (Jeux olympiques) – Antoine Richer : « Mon meilleur souvenir, c’était Albertville »

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L’ancien joueur et capitaine de l’équipe de France de hockey sur glace Antoine Richer revient sur les souvenirs qu’il conserve des trois éditions des Jeux olympiques auxquelles il a participé en tant que joueur.

Ancien joueur international français (387 matchs sous le maillot tricolore, dont 109 en matchs officiels entre 1981 et 1996), Antoine Richer a fait partie de cette génération qui a permis à la France de se hisser dans le groupe A mondial en 1992. Capitaine de la sélection pendant huit ans, de 1988 à 1996, le natif d’Amiens est une des figures du hockey sur glace français. Trente ans après ses derniers matchs sous le maillot bleu, il revient sur ses souvenirs olympiques et les trois éditions (1988, 1992 et 1994) auxquelles il a participé en tant que joueur. Comme Hugo Gallet, actuellement avec la France à Milan-Cortina, il est l’un des rares Amiénois à avoir participé aux Jeux olympiques d’hiver.

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Quels souvenirs gardez-vous de ces participations aux Jeux olympiques ?

Avant d’y participer, on ne savait pas vraiment où on allait mettre les pieds ni comment ça allait se passer. On arrive dans une organisation qui était bien huilée, et c’est l’occasion aussi de croiser les athlètes des Jeux d’hiver qui participent à d’autres disciplines. On est dans une bulle et on a la chance d’avoir d’autres compétitions, d’être privilégiés pour être en lien direct avec les athlètes. C’était l’occasion de voir les patineurs Philippe Candeloro et Surya Bonaly, les skieurs français, que Philippe Bozon connaissait bien. C’est une ambiance qui est totalement différente par rapport à des championnats du monde où l’ambiance est un peu plus tendue. D’un point de vue sportif, ce qui change, enfin c’est ce que j’ai ressenti, c’est qu’on vient là pour la fête des différentes disciplines, la fête du sport d’hiver. En même temps, on doit assurer dans la compétition. On joue, on s’est bien préparé, on est concentré lors du match, mais dès que c’est fini, on déconnecte un petit peu, on suit à la télé.

Il y a des moments que l’on n’oublie pas, comme l’arrivée de la flamme et l’embrasement de la vasque. Quand elle s’allume, on ressent le début de quelque chose. Pour les Jeux de Paris (en 2024), c’était pour moi un peu pareil. Dès qu’on peut regarder cette flamme, ça nous dit : oui, vous êtes aux Jeux, performez, faites de votre mieux, allez soutenir les coéquipiers. Pour moi, c’est toute cette symbolique. Entre l’allumage et quand elle s’éteint, on a vraiment un pincement au cœur et on est à deux doigts de verser une petite larme parce qu’on a vécu un moment exceptionnel, hors du temps, hors des contraintes quotidiennes. On sait qu’on va retourner dans son quotidien de pseudo-champion local.

Était-ce un rêve d’y participer ?

Un rêve, oui. On l’a dans un coin de la tête que quand on fait un sport et qu’on est petit. Pour moi, les JO de 68 étaient le point de départ d’une vie sportive, même si j’avais démarré le hockey un peu avant les Jeux. Mais on prend conscience qu’au travers de la presse, on parle un peu de hockey, d’une discipline dans laquelle ça fait 2-3 ans qu’on joue, qu’on est licencié. Et puis, on se dit, pourquoi pas ? Quand on est gamin, on peut rêver, on a 7-8 ans. On se dit, ça doit être sympa de participer à ça. Mais on est au début d’un sport collectif dans lequel on doit se développer, s’épanouir. Et puis, on ne sait pas toujours où ça va nous mener, tout ça.

Ce rêve s’est finalement réalisé…

Oui, il s’est réalisé quelques années plus tard. J’étais jeune quand j’ai intégré l’équipe nationale. Avec mes coéquipiers, on a démarré dans le groupe C. On est monté année après année, passant du groupe C au B et au groupe A. Et puis pour les Jeux de Calgary (Canada) en 1988, il y a deux places de plus, on est dedans et on part pour cette aventure qui est évidemment extrêmement emballante. Après Calgary, c’était Albertville et dans la mesure où on organisait, on était sûrs d’être qualifiés. Deux ans après, c’était Lillehammer avec le décalage entre les JO d’hiver et les JO d’été. J’ai pu participer à une troisième olympiade, certains ont pu en faire une quatrième à Nagano, au Japon. J’ai eu la chance d’y participer en tant qu’entraîneur adjoint. C’était un autre rôle, une autre mission. J’avais moins de pression, je n’étais pas joueur, mais j’en avais quand même puisqu’on doit essayer de performer avec une mise en place d’un coach qui était Herb Brookes. Cet entraîneur qui avait fini avec la médaille d’or avec les États-Unis aux Jeux de 1980 contre les Russes en finale. Personne n’y croyait et il avait réussi sa mission !

Laquelle de ces trois éditions auxquelles vous avez pris part a été la plus marquante, celle dont vous gardez les plus beaux souvenirs ?

Le meilleur souvenir, c’était Albertville. C’est peut-être être trop chauvin, mais entre le spectacle à l’ouverture, les résultats de l’équipe (8e place du tournoi, avec une défaite 4-1 en quarts de finale face aux États-Unis, ndlr), je dirais que c’étaient vraiment les Jeux les plus aboutis. J’étais blessé à Lillehammer. J’étais déçu de ne pas pouvoir être à 100 % sur ces JO. Calgary, c’étaient mes premiers, on découvre et on s’aperçoit qu’on rentre vraiment dans un autre univers.

L’équipe de France masculine a retrouvé les Jeux 22 ans après sa dernière participation à Salt Lake (États-Unis) en 2002. Que vous évoque-t-elle alors qu’elle dispute les Jeux de Milan-Cortina ?

Savoir que la France participe enfin à des Jeux olympiques, puisqu’à chaque fois on a loupé les qualifications, c’est à la fois une bonne chose pour notre sport et pour certains de ces athlètes qui ont eu des parcours à l’étranger. On a des joueurs qui ont joué un peu dans tous les championnats de la planète. On est contents pour eux parce qu’on sait que les joueurs NHL (National Hockey League aux États-Unis) et KHL (Russie) vivent sur des dimensions totalement différentes. C’est aussi pour certains la récompense d’un accompagnement et d’une présence régulière au sein de l’équipe de France depuis des années pour les plus vieux. Et puis pour une dernière année peut-être à haut niveau, de profiter un peu des sites et du plaisir de découvrir ce que sont les JO pour cette génération-là. Il y a eu un peu de houle l’année dernière en équipe nationale et dans le staff. On l’a vu sur les champions du monde, ce n’était pas si probant que ça. On leur souhaite d’aller le plus loin possible, mais en face c’est extrêmement fort.

Propos recueillis par César Willot
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr (illustration)