Avec plus de six ans passés par les classes de jeunes du Stade Rennais, Jonathan Isambart a touché du bout des doigts son rêve de devenir footballeur professionnel. Une promesse de contrat finalement non tenue a détruit les perspectives de celui qui, après plusieurs échecs durant sa carrière, brille désormais depuis plusieurs saisons en Régional 1.
« Quand je le voyais avec les jeunes de l’Amiens SC, c’était déjà un petit phénomène. Il dribblait deux ou trois défenseurs sans problème et avec une grande facilité », se souvient Benoît Sturbois, qui l’a notamment eu sous ses ordres chez les Portugais d’Amiens pendant trois saisons entre 2022 et 2025. Déjà à 12 ans, Jonathan Isambart étonne et impressionne. Joueur de poche au vu de son gabarit, le petit Amiénois se fait rapidement remarquer par ses actions dignes de jeux vidéo. Des phases de jeu dans lesquelles il dribblait plusieurs joueurs avant d’aller marquer. Des actions qui symbolisent son parcours où plusieurs obstacles sont venus en travers de sa route vers le monde professionnel, mais dont il a su, à chaque fois ou presque, se relever.
Pas conservé à l’issue de son contrat stagiaire avec le Stade Rennais qu’il avait rejoint 7 ans et demi plus tôt, Jonathan Isambart voit son rêve de devenir professionnel s’envoler une première fois. Pourtant, tout avait bien commencé pour le jeune Amiénois. Repéré à l’âge de 12 ans par le club breton, celui qui devait initialement intégrer le pôle espoir de Liévin progresse rapidement chez les jeunes. Malgré une première année difficile loin du cocon familial durant laquelle il a plusieurs fois songé à tout plaquer, il s’accroche et bénéficie du soutien de ses parents qui lui rendent visite tous les quinze jours en Bretagne. À son arrivée, il signe un contrat de non-sollicitation d’une durée de 7 ans (5 ans + 2 ans de contrat aspirant). Cela signifie que, durant cette période, aucun autre club ne peut tenter de l’attirer, preuve que le club breton plaçait de grands espoirs en son joyau.
Au Stade Rennais, j’ai eu la meilleure formation possible.
Jonathan Isambart, joueur de l’US Camon, formé au Stade Rennais
« Je suis resté 7 ans et demi au Stade Rennais. Ça peut faire long pour certains, mais je n’ai pas vu les années passer. Je me suis tellement épanoui, c’était limite un rêve. J’ai eu la meilleure formation possible. Je suis arrivé, j’étais droitier, je suis parti j’étais ambidextre. J’ai quitté Rennes avec un bagage très complet.« Plusieurs personnes ont rapidement apprivoisé ce jeune joueur au gabarit atypique et au comportement attachant, tant il marche à la confiance. Chez les jeunes, Franck Haise, entraîneur au centre de formation entre 2006 et 2012, l’a pris sous son aile lorsqu’il était sous ses ordres. « Je parle encore énormément avec lui. Il m’a beaucoup accompagné et permis de m’améliorer sur plein d’aspects. C’est un super entraîneur. » Un peu plus tard, des joueurs comme Abdoulaye Doucouré ou Yacine Brahimi, qui ont respectivement signé leur contrat professionnel avec Rennes en 2008 et 2011, l’ont notamment couvé lorsqu’il a traversé une passe plus difficile avec la réserve du club breton. « J’étais très peu vu par le staff des professionnels et l’entraîneur Frédéric Antonetti (entraîneur du Stade Rennais de 2009 à 2013, ndlr) alors que je m’entraînais quand même pas mal avec les pros. Mais, quand il y avait les stages de pré-saison, les matchs amicaux, je n’étais pas convoqué. Je ne sais pas pourquoi, mon profil ne correspondait pas. »

Toujours surclassé dans les catégories jeunes nationales, Jonathan Isambart, sous contrat Nike dès son arrivée, reçoit également des préconvocations avec l’équipe de France à l’âge de 16 ans. Surtout, l’espoir de passer pro devient de plus en plus concret puisqu’il signe un contrat stagiaire professionnel de deux ans. « À ce moment-là, on me fait énormément de promesses. À l’issue des deux ans, je devais signer pour 3 ans en professionnel », confie-t-il. Mais les deux ans n’ont pas été aisés et l’Amiénois, freiné par la descente de plusieurs pros avec la réserve, s’est progressivement fait à l’idée qu’il ne serait pas conservé. Et c’est sans grande surprise qu’il apprenait de la part du Stade Rennais qu’aucun contrat professionnel ne lui était finalement proposé. « C’était la fin d’une belle époque et j’étais un peu dans le flou« , se rappelle-t-il. J’en ai pleuré à 18 ans. Mon rêve c’était de rester au Stade Rennais. Je me suis épanoui dans la ville, avec tous les éducateurs qui étaient là-bas. J’étais amoureux de ce club et j’ai encore beaucoup d’attaches là-bas. »
Un parcours sinueux après Rennes, l’appel de Pellissier…
Sans réelle opportunité d’intégrer le monde professionnel et de projet à la hauteur de ses attentes, Isambart retourne à Amiens et s’engage avec l’AC Amiens qui évoluait à l’époque en CFA, l’actuel National 2. Après six bons mois, tenté par le projet de montée de l’AS Cannes, le milieu de terrain offensif s’envole pour le Sud de la France. L’expérience est de courte durée puisqu’après avoir terminé à la 5e place, le club est placé en liquidation judiciaire. Faute de mieux et surtout un ras-le-bol après les échecs de Rennes et de Cannes, Isambart rebondit à Ailly-sur-Somme, en Division d’Honneur, le Régional 1 aujourd’hui où il reste deux saisons. Il signe ensuite à Camon avec une première saison (2014-2015) qui ne passe pas inaperçue avec 16 réalisations en 26 matchs et une élection de meilleur joueur de France en DH. Un exercice remarquable qui lui vaut d’être appelé par Christophe Pellissier, l’entraîneur de l’Amiens SC à l’époque en National (il a été l’entraîneur de l’ASC entre 2014 et 2019), en vue de la saison suivante. Malgré un essai convaincant au début de l’été 2015, qui avait satisfait le technicien et le club picard où Isambart a été formé avant son départ pour Rennes, le joueur n’est finalement pas recruté. « C’est la douche froide, il me dit que ça ne pourra pas se faire car des joueurs qui étaient de retour de prêt, à mon poste, allaient rester au club. C’était une très grosse déception. Je me demandais ce que j’avais fait de mal pour que la chance ne tourne pas de mon côté. » Le joueur, alors âgé de 22 ans reste à Camon avant de retourner à l’ACA en CFA à la trêve.

Ces échecs qui ont rythmé sa jeune carrière l’ont aussi forgé. Il s’est assez vite résolu à ce qu’il ne deviendrait pas professionnel. « J’ai senti que les choses ne venaient pas quand je suis parti de Rennes, à 18 ans et demi. En N2 avec l’ACA, puis Cannes, je faisais de très grosses saisons, j’étais dans les équipes types de N2. Mais je n’ai jamais eu ce club de National qui m’a approché. C’est vraiment là que j’ai commencé à me dire que c’était mort.« Son gabarit atypique ne lui a très probablement pas facilité la tâche non plus quand on sait déjà combien il est difficile de passer pro, mais aussi combien de jeunes joueurs sont rejetés en raison de leur morphologie. « Lors de ma dernière année de stagiaire, ils m’ont dit : « Jonathan, techniquement, tu peux jouer en Ligue 1, il n’y a pas de souci là-dessus. Par contre, on n’a aucune certitude sur ton physique.«
On ne m’a jamais donné et je n’ai jamais eu cette chance, cette personne qui me permettait d’aller là-haut. C’est un peu ça, le regret de toute ma carrière de footballeur. Je pense à Mickael Despois (actuellement attaquant chez les Portugais d’Amiens), qui a eu sa chance chez les professionnels. Il y a aussi Antoine Griezmann (repéré par Eric Olhats, recruteur de la Real Sociedad à l’époque), parce que j’ai lu son histoire en boucle et en boucle. La sienne ressemble un peu à la mienne, sauf que lui a eu cette personne au bon moment, au bon endroit. Si, comme eux, on m’avait ouvert les portes en France ou à l’étranger, peut-être qu’aujourd’hui, je ne serais pas là. Ça m’attriste quand même de ne pas avoir eu cette chance. D’un côté, et sans aucune prétention, je connais mes qualités, je sais que j’ai tellement confiance en moi que, si on m’avait donné cette chance, je suis sûr que j’aurais pu y arriver… »
C’est un joueur qu’on ne gère pas de la même façon que les autres
Benoit Sturbois, ancien entraîneur des Portugais d’Amiens
À la fin de la saison 2019/2020, après un deuxième passage à l’AC Amiens, il retourne à Camon où il y reste trois ans avant de rejoindre, à l’été 2022, le projet ambitieux des Portugais d’Amiens d’Abilio Da Sousa. Là encore, l’affect et la confiance penchent dans la balance alors qu’il était un élément important de la formation entraînée par Titi Buengo. « Le président voulait absolument que je vienne, les supporters aussi. J’ai vraiment senti ce club familial, cette envie que je signe pour aider le club à progresser. Ça m’a directement plu. » Pendant trois saisons, de 2023 à 2025, Jonathan Isambart est mis dans les meilleures conditions et devient très rapidement le maître à jouer des Portugais alors entraînés par Benoit Sturbois. « J’ai aimé travailler avec Jonathan. C’est quelqu’un qui m’a fait beaucoup progresser dans le côté humain, parce que c’est un joueur qu’on ne gère pas de la même façon que les autres, confie le technicien. C’est un joueur qui a beaucoup d’égo, mais ce n’est plus de l’égo surdimensionné. C’est un joueur qui est exigeant, mais à la hauteur des exigences qui s’imposent sur le terrain et de l’expérience qu’il a pu avoir. »

Aujourd’hui, à 33 ans, qu’il vient de fêter le 19 décembre dernier, Jonathan Isambart s’éclate en Régional 1 et fait le bonheur de l’US Camon sous les ordres d’Abdellah Kharbouchi qu’il a rejoint cet été après la descente des Portugais en R2. Un départ qui n’était pas forcément prévu, mais celui de Sturbois ainsi que celui de nombreux joueurs ont finalement eu raison de son aventure à Porto. Cette saison, Jonathan Isambart, malgré un bon début de saison (4 buts en R1), a été coupé dans son élan avec une longue suspension de six matchs (8 matchs passés à 6 en appel, ndlr) l’ayant privé des terrains entre le 19 octobre et le 15 décembre. « Quand tu as un joueur comme ça dans ton équipe, c’est un plus, c’est magnifique. Dès qu’il touche le ballon, il se passe quelque chose« , avait avoué l’entraîneur camonois à propos de son milieu offensif qui faisait son retour pour le déplacement à Arras en décembre. Partout où il est passé, ou presque, Isambart, qui a connu un parcours contrasté, a montré l’étendue de son talent et le joueur n’a pas encore prévu de s’arrêter.
César Willot
Crédit photo : Théo Bégler, Léandre Leber – Gazettesports.fr

