FOOTBALL : Des remises à la pelle. Et après ?

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Ⓒ Gazette Sports

Les arrêtés d’interdictions d’utilisation des terrains et les remises de matchs voire de journées complètes se multiplient depuis novembre. Avec des conséquences diverses sur la saison des clubs.

Le 7 novembre, un premier arrêté d’interdiction d’utilisation des terrains en herbe était pris par la Métropole d’Amiens. Rapidement suivi d’autres arrêtés de la sorte, le calendrier ne s’en retrouvait pas bouleversé pour autant, le mois de novembre se disputant normalement.

Jouer sur synthétique, un casse-tête pour les clubs qui n’en disposent pas

Pourtant, malgré cette apparence de normalité, déjà ces décisions ont pu être handicapantes pour les clubs. D’une part parce que les entraînements étaient également concernés, pénalisant les clubs ne disposant pas d’un terrain synthétique. Ensuite parce que le week-end, vient la question du terrain sur lequel jouer. Romain Collet, entraîneur-joueur d’Amiens Montières précise ainsi qu’il faut « se battre pour jouer sur un synthétique le week-end. » Pour les Portugais d’Amiens, cela s’est avéré moins compliqué de trouver une solution de repli. Cela devient toutefois problématique quand plus de la moitié des matchs à domicile sont joués non sur le terrain de l’équipe mais au Chapitre. Ainsi, comme le souligne Benoît Sturbois, « depuis que j’ai repris l’équipe, on n’a pas fait un match à domicile sur notre terrain. C’est quelque chose qui est handicapant. »

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Ce handicap pour le club concerne plusieurs aspects. Le sportif, tout d’abord, avec des équipes pénalisées par le fait d’évoluer sur des terrains ne correspondant pas à celui sur lequel elles s’entraînent, des équipes qui jouent donc presque à l’extérieur durant tout l’hiver, ce qui conduit à une rupture d’égalité avec les clubs disposant d’un terrain synthétique. D’autre part, cela touche tous les pans de l’organisation du club. Si Benoît Strubois se félicite que les supporters soient toujours là au Chapitre, il rappelle que cela oblige à « ramener la buvette », faute de locaux habituels. Une situation qui oblige les clubs et toutes leurs parties prenantes à de « gros efforts » et à un sacré sens de la débrouille.

Un calendrier en gruyère, une gestion difficile des effectifs

Et depuis novembre, la situation n’a pas été en s’arrangeant. Si les équipes de N3 et Camon n’ont pas été les plus touchées, jouant 5 matchs depuis le 1er décembre, malgré tout de même plusieurs reports, Longueau, les Portugais d’Amiens et l’AC Amiens (b) n’auront disputé que 4 rencontres et le RCA et Amiens Montières seulement 3 matchs de championnat, en 3 mois et demi.

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Pour Romain Collet, entraîneur d’Amiens Montières : « Ce n’est pas forcément facile de garder les joueurs concernés quand il n’y a pas de compétition »

Une situation sur laquelle s’accordent Benoît Sturbois et Romain Collet, le premier lançant que « ce n’est pas forcément facile de garder les joueurs concernés quand il n’y a pas de compétition » quand le second appuie qu’« en plus, là, on est averti très tôt des remises. Donc pour avoir des joueurs aux entraînements, c’est très compliqué. » D’autant que, là encore, le replacement de certaines journées de championnat à d’autres dates peut avoir des conséquences fâcheuses comme l’explique le coach des Portugais : « Quand on devait jouer contre l’AC Amiens, ils avaient un problème d’effectif, et 15 jours plus tard, c’est nous qui en avions un gros puisque des joueurs partaient au ski. » Au point de se retrouver avec un joueur de champ dans les buts.

Si les deux coachs sont donc embêtés par cette situation, Benoît Sturbois nuance toutefois son propos : « Je peux concevoir que ce n’est pas évident de prévoir le vendredi pour les deux jours à venir. Et, quand une tempête est annoncée, la remise, c’est aussi dans l’idée de privilégier la santé des joueurs et du corps arbitral. »

Et maintenant, quelle suite ?

La question qui se pose désormais, c’est celle de l’organisation du calendrier à venir. Avec désormais plus que 11 week-ends d’ici à la fin originellement prévue des championnats, le temps est compté. La N3 compte ainsi encore 10 journées à jouer, ce qui ne laisse plus beaucoup de marge. Celle-ci est même absolument inexistante en R2, avec 11 journées à disputer, ce que Benoît Sturbois interprète de la sorte : « Il ne va plus y avoir de trou donc ils n’auront plus d’autre choix que de faire jouer tous les matchs d’un coup. » En R3, ce sont même 12 journées qu’il reste à jouer, incitant Romain Collet à imaginer des journées replacées en milieu de semaine.

On va avoir une fin de saison très difficile. On espère ne pas avoir de blessures parce qu’à force de jouer, de ne pas jouer, les joueurs peuvent avoir des soucis musculaires.

Benoît Sturbois

Si le coach de Montières voit du positif dans l’enchaînement de matchs qui se profile (« d’un côté, ce sera une très bonne chose parce que l’on va enchaîner les matchs et, du coup, il y aura moins d’entraînements et plus de compétition »), cette perspective lui paraît déjà beaucoup plus difficilement gérable au regard des horaires de travail d’un nombre non négligeable de ses joueurs. Surtout, d’un point de vue physique, ni lui ni Benoît Sturbois n’ont beaucoup de lisibilité quant à la possibilité de leur effectif de tenir les gros rythmes qui vont leur être imposés, surtout après une période si pauvre en compétition. « On va avoir une fin de saison très difficile, prévient ainsi le coach des Portugais. On espère ne pas avoir de blessures parce qu’à force de jouer, de ne pas jouer, les joueurs peuvent avoir des soucis musculaires. » Des blessures qui, si elles intervenaient, seraient d’autant plus pénalisantes qu’elles impacteraient de nombreuses échéances. Ces conditions donnent donc une importance toute particulière aux blessures dans l’issue de la saison, Romain Collet assurant que « les petits pépins de ce côté là vont conditionner la saison. »

Si les deux entraîneurs ont déjà une idée du calendrier qui les attend, ce n’est pas encore le cas de la Ligue qui affirme qu’une décision sera prise dans la suite du mois à l’occasion d’une réunion sur le sujet.

Le Coronavirus, un obstacle supplémentaire

Néanmoins, si la situation est handicapante, elle n’en est pas moins une habitude pour de nombreux clubs pour lesquels ce n’est pas la première année qu’ils y sont confrontés. Une situation qui peut donc toujours amener à réfléchir à des solutions, comme celle que propose Benoît Sturbois d’avoir « une trêve un peu plus longue, une vraie trêve et équiper, dans la mesure du possible, les équipes de terrain avec des pelouses synthétiques. En terme d’entretien, c’est moins coûteux et en terme de jouabilité, on voit bien que les clubs qui en disposent sont moins embêtés. Et puis, cela peut permettre aux équipes de s’entraîner sur leur terrain et qu’ils évoluent réellement sur leur terrain domicile. »

En revanche, ce qui est beaucoup plus nouveau, c’est la gestion qui doit être faite du coronavirus. En effet, les championnats pourraient être encore plus largement bousculés si la propagation du virus venait à se poursuivre et même à s’amplifier. Ainsi, même dans les conditions actuelles, les championnats sont déjà touchés. C’est tout particulièrement le cas dans la région Hauts-de-France puisque l’un des principaux foyers se situe dans l’Oise. Ainsi, dans le groupe de R3 des deux équipes amiénoises, avant même la remise générale, une seule rencontre était maintenue, toutes les autres concernant une équipe isarienne.

C’est une énigme, aujourd’hui, on se pose même la question de savoir si les championnats vont reprendre.

Romain Collet

De quoi laisser les acteurs dans l’expectative sur la suite même donnée aux championnats. « C’est une énigme, s’interroge Romain Collet, aujourd’hui, on se pose même la question de savoir si les championnats vont reprendre. » Mêmes interrogations du côté de Benoît Sturbois : « Avec Noureddine, on se demande ce qui va se passer, si jamais on passait au niveau 3. Est-ce qu’ils vont bloquer tous les matchs ? Est-ce qu’ils vont figer le championnat ? On se pose ces questions parce que c’est aussi l’avenir du club qui est en jeu. » En effet, difficile de savoir quelles décisions vont être prises. Du côté de la Ligue elle-même, on attend des décisions venant d’en-haut pour en savoir plus. Quant aux conséquences d’un éventuel arrêt des championnats en l’état, la Ligue précise que rien n’est prévu dans les règlements, laissant la porte ouverte aussi bien à un statu quo qu’à la crainte d’être relégué sans même avoir été au terme de la saison. D’autant que, comme on l’a dit, les semaines vont commencer à manquer pour continuer à remettre des matchs à plus tard. Surtout avec un Euro 2020 qui arrive dès la mi-juin et augmente les contraintes sur le terme des compétitions.

Morgan Chaumier

Crédit photos : Kevin Devigne – Gazettesports