FOOTBALL : Une fin prématurée et inattendue

Le premier derby des Hauts-de-France en Ligue 1 restera tristement célèbre pour l’incident qui a mis un terme définitif à la rencontre après quinze minutes de jeu. En cause, la barrière en bas du parcage visiteurs incapable de résister à la pression d’une foule de supporters enjouée après l’ouverture du score de Ballo-Touré.

29 blessés, 5 dans un état grave

Un peu plus de quatre mois après l’improbable montée en Ligue 1 acquise à Reims, l’Amiens SC aurait préféré refaire les gros titres pour une toute autre raison que celle-ci. Malheureusement, cet incident en tribunes marquera fortement la première saison du club picard au sein de l’élite du football français. Alors que des travaux de rénovation sont menés au stade de la Licorne depuis le début de la saison, l’antre samarienne est désormais dans l’œil du cyclone, depuis samedi soir. La question est désormais de savoir si ce triste incident aura des répercussions sur la saison du promu. En attendant, 29 blessés dont 5 en état grave ont été pris en charge par le CHU d’Amiens.

« Il n’y a pas de problème de barrière, assure Bernard Joannin. Les services de police nous avaient prévenus que 200 ultras énervés étaient dans le parcage réservé aux Lillois. Ils se sont lancés de façon désordonnée sur cette barrière qui était en parfait état. Imaginez plus de 500 personnes qui voulaient entrer sur le terrain. Il y a une vraiment une forte réaction qui doit être menée au niveau de la Ligue sur les déplacements de supporters. Le foot doit être un spectacle, il doit être joyeux pour les familles et il doit surtout se disputer en toute sécurité. »  

Marc Ingla monte au créneau

Or, la sécurité n’était plus assurée après cet incident, obligeant le délégué de la rencontre à annoncer le report définitif de celle-ci à la suite d’une heure de flottement général. « Après avoir pris l’avis du préfet, de la directrice départementale des services de police, des deux entraîneurs, des deux directeurs de la sécurité et de l’arbitre, nous avons été amenés à arrêter définitivement la rencontre, précise-t-il. Le danger était réel et vu le nombre de blessés, le match a donc été arrêté. Sous le poids des supporters, la barrière a cédé. »

Une thèse rejetée par Marc Ingla, directeur général du LOSC, sur son compte Twitter : « Le LOSC a le droit de s’interroger sur les conditions d’accueil et sécurité proposées pour nos supporters par le Club et le Stade d’Amiens. Le club souhaite que les responsabilités de cet accident soient rapidement identifiées. Les déclarations du président d’Amiens semblent irresponsables et indignes dans ce contexte dramatique. Nos supporters sont irréprochables et le football professionnel demande la meilleure organisation. »

Une enquête ouverte

Une enquête en flagrance – placée sous l’autorité du parquet d’Amiens – a ainsi été ouverte pour « blessures involontaires » et devrait permettre de déterminer les raisons de cette rupture de barrière au pied de la tribune Sud du stade de la Licorne. « En l’état, nous n’avons pas encore assez d’éléments pour rendre un avis. Nous avons placé des scellés sur le site, celui-ci fera l’objet d’une expertise dans les prochains jours », détaille Alexandre de Bosschère, le procureur de la République.

Très choquée, Nathalie Boy de la Tour a annoncé que la Ligue de Football Professionnelle (LFP) – dont elle est la présidente – allait se porter partie civile dans cette procédure. « Je crois que ce n’est pas le temps de la polémique ou de la recherche des responsabilités », avance-t-elle avec beaucoup de justesse au milieu de cette cacophonie. Il y a une enquête qui est ouverte et il appartiendra aux enquêteurs d’établir pourquoi cette barrière a cédé. Ce que je peux dire, c’est que la licence club (NDLR : certifiant de la conformité ou non d’un stade) a bien été délivrée à Amiens. »

Présent en conférence de presse, Alain Gest, président d’Amiens Métropole, propriétaire du stade, considère ainsi que cet accident n’a « aucun rapport avec les travaux de rénovation du stade ». « Nous n’avons jamais eu connaissance du moindre problème concernant le barriérage du stade. Les services de sécurité sont mêmes passés il n’y a pas tellement longtemps pour regarder l’état du stade. La seule chose qui a été faite au niveau de cette tribune, c’est qu’on a retiré la couverture de la toiture. Cela n’a aucun rapport avec la barrière de protection. »

Et maintenant ?

Néanmoins, il faudra bien déterminer les raisons à l’origine de ce drame. Et si celui-ci découle d’un état de vétusté du barriérage, Amiens Métropole en assumera les conséquences si l’on en croit son président : « Je sais bien que lorsqu’un accident se produit, la première des choses est de chercher des responsables. On est là pour assumer les responsabilités qui incombent à une collectivité. Cela dit, on les assumera en ayant la connaissance exacte de ce qui s’est passé. »

Pour le moment, la priorité demeure l’identification et la prise en charge des différentes victimes. « Des officiers de police judiciaire ont déjà commencé ce travail », confirme le procureur de la République. De son côté, la commission des compétitions de la LFP se réunira la semaine prochaine pour « voir si la rencontre doit être ou pas rejouée. » Selon les circonstances, ce match pourrait tout simplement être annulé et la rencontre contre Bordeaux, le 21 octobre prochain, se disputer à huis clos total ou partiel si le moindre doute sur la sécurité des lieux existe.

A ce stade et qu’importe le ressenti de chacun, le temps n’est pas aux polémiques mais bien à la solidarité à l’égard des supporters lillois qui viennent de passer la nuit aux urgences. Car si leur responsabilité sera peut-être prouvée dans les semaines à venir, ils demeurent surtout les principales victimes de cette triste soirée.

Romain PECHON

FOOTBALL : La rencontre Amiens-Lille arrêtée après un incident en tribunes




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