Recrue estivale au centre de formation de l’Amiens SC, le jeune joueur croate Duje Javorcic (18 ans) nous a donné une interview afin de mieux le connaître, et de voir comment se passe sa vie amiénoise, qui semble lui réussir, lui qui a marqué deux fois en trois matchs, dont le dernier, face à Lens (b), mercredi après-midi (3-2), où il donne la victoire à son club, en ayant jouer qu’une grosse vingtaine de minutes.

Romain Prot :  » Premièrement, pour être sûr, comment on prononce-t-on votre prénom ?
Duje Javorcic : C’est « Douillé » (rires.) C’est normal que vous vous posez la question, en France, le « je » est différent du nôtre.

RP : Vous êtes né en Croatie, à Split, vous avez joué à Hadjuk, ou RNK et à la Lazio Rome, en Primavera (Championnat U19 en Italie), et, vous avez été une fois sur le banc avec l’équipe première…
DJ : Non, deux fois, j’étais avec les meilleurs joueurs sur le banc, c’est plutôt impressionnant.

RP : Vous êtes arrivé à la fin du mois d’août, pour 100 000 euros, c’est difficile de quitter une nouvelle fois un pays, après votre départ de Croatie pour l’Italie ?
DJ : Seulement au début, parce que la langue est différente, et je ne sais pas, le style de football des deux pays est différent, en Italie, les clubs sont plus focus sur le score, ils veulent juste gagner des matchs, c’est pas important si tu joues bien ou mal, tant que tu gagnes. Ils peuvent acheter des joueurs à 2-3 millions juste pour gagner, sans s’occuper du reste. Ici, c’est plus complet, enfin, c’est ce que j’ai ressenti depuis mon arrivée, après je ne sais pas.

RP : Ça doit être assez impressionnant de jouer avec la Lazio, c’est un grand club en Italie, ça doit procurer une émotion certaine ?
DJ : Oui, c’est un grand club, la Lazio est un grand nom, donc évidemment c’est toujours quelque chose de jouer avec.

RP : Comment avez-vous appris votre transfert, c’était votre volonté, celle de votre agent ?
DJ : Je l’ai appris grâce à mon agent, il m’a appelé durant le dernier jour des transfert (31 août) en me demandant si je voulais venir, et j’ai dis oui. J’étais vraiment heureux de venir ici, ici on se donne vraiment. En Italie, on s’entraîne une fois par jour, ici, au centre de formation, il n’y a pas de moments où tu ne sais pas quoi faire, tu t’entraînes tout le temps, tu grandis grâce à ça.

RP : Avant de venir, connaissiez-vous Amiens ?
DJ : Oui, je connaissais un peu, je savais que c’était une chance pour moi de venir ici.

RP : Vous avez pas eu peur de venir ?
DJ : Non, car je suis déjà parti de mon pays en étant assez jeune, j’avais 16 ans quand je suis parti à la Lazio, après deux ans, je suis plus  »homme ».

RP : Justement, ce n’est pas trop dur de quitter son pays si jeune ?
DJ : Si. La première année était dure, des fois, je me disais que je ne pouvais pas continuer ainsi, sans ma famille, amis. Mais, je me souvenais d’où je venais, et ça allait mieux, c’était plus simple.

RP : Vous connaissiez déjà la Ligue 1 avant de venir ?
DJ : Oui, oui, je suis beaucoup le football.

RP : Comment s’est passé votre intégration ici ?
DJ : Le premier jour, je me suis dis que je suis là pour deux, trois ans, pour jouer, apprendre la langue, et aujourd’hui, je suis bien, je me sens comme à la maison.

RP : Comment jugez-vous vos débuts ? Vous avez débuté face à Senlis (6-2), ensuite contre Valenciennes où vous avez mis votre premier but (1-1), et contre Lens, où vous y allez également de votre but (3-2), c’est plutôt un bon début ?
DJ : C’est un bon début, j’espérais pas ça, je ne jouais pas très bien à Rome, j’avais quelques problèmes, donc je suis heureux de mes performances.

RP : On parlait de Ligue 1, j’ai regardé les joueurs croates qui évoluent actuellement dans le championnat, ils sont quatre, saurez-vous me les dire ?
DJ : Il y a Subasic (Monaco), Caleta-Car (OM), Pavlovic (Angers), et…

RP : Le dernier est plus dur, c’est un transfert récent, il joue à Bordeaux…
DJ : Ah, oui, Basic !

RP : Connaissez-vous des grands joueurs croates qui ont joué en France ?
DJ : Maintenant, le meilleur c’est Subasic, avant, Boksic, qui a joué à Marseille, à la Lazio aussi, Prso de Monaco.

RP : Exactement, également, on a eu aussi Skoblar, à Marseille, le meilleur buteur sur une saison (44 buts, en 1970-1971), Lovren et même Runje, l’ancien gardien de Marseille et Lens. Vous jouez également avec l’équipe nationale, comme les U17, U19
DJ : Oui, maintenant, en U20, mais c’est plus des matchs amicaux.

RP : Vous avez envie d’aller plus loin, et un jour, peut-être, évoluer dans l’équipe première ?
DJ : Oui, bien sûr (sourires).

RP : En parlant de l’équipe nationale, ce n’est pas trop dur d’évoluer en France, après la défaite de votre pays en finale de Coupe du Monde ?
DJ : Non, pour nous, c’était une surprise de nous voir en finale, mais on a vu qu’on peut jouer contre n’importe qui (rires). On a de très bons joueurs, comme Rakitic, Modric. Mais je pense que ça peut être dur de gagner une coupe du monde, car nous sommes un petit pays (4 millions d’habitants), comparé à la France ou les autres grandes nations.

RP : Maintenant, vous êtes donc ici, à Amiens, au centre de formation, quels sont vos plans pour le futur ?
DJ : Là, je veux bien jouer avec la B, parler français, être meilleur, c’est tout. Je vis dans le présent, je n’aime pas parler du futur, quand je pense au passé et au futur, je ressasse, et ce n’est pas bon pour moi.Je me concentre sur le présent. »

Patrice Descamps

Après notre entretien, avec le joueur, c’était au tour de son entraîneur, Patrice Descamps, de répondre à mes questions, afin de mieux comprendre ce choix, qui peut paraître surprenant aux premiers abords.

RP :  « Comment avez-vous trouvé Duje ? C’est vous, vos recruteurs ?
Patrice Descamps : C’est le travail de la cellule de recrutement du club, qui fait un gros travail d’observation, sur l’aspect national et international, c’est dans la lignée de ce qui se fait chez les professionnels. Il y a une opportunité sur ce joueur, qui est international croate.

RP : C’est vrai que les Croates ne sont pas fréquents en Ligue 1, même dans les clubs français, donc c’était plutôt surprenant de le voir arriver.
PD : C’est vrai, il a été observé, en vidéo, sur des matchs, nous l’ADN qu’on a sur Amiens, c’est de recruter local. On a 70% des jeunes qui sont des Hauts-de-France, 20% de l’Île de France, et après on a ce qu’on appelle des  »one shot », dont Duje fait totalement parti, et c’est un beau pari pour l’avenir.

RP : Comment jugez-vous également ses débuts, après ses deux buts en trois matchs ?
PD : C’est pas évident, c’est un tout jeune homme, il dénote un savoir-être assez exceptionnel de vouloir apprendre, et après il a un très beau niveau technique, une qualité de dribble, de frappe, un état d’esprit accrocheur, bagarreur, comme les joueurs de ces pays là. C’est un garçon bien dans ses baskets, dans sa tête, qui, de jour en jour, nous donne satisfaction, il est d’une simplicité dans ce qu’il fait. Mais surtout il a faim, c’est ce que j’aime chez les jeunes joueurs, et lui il est dans la difficulté, avec la langue notamment, mais il a de l’envie, un caractère, et c’est ce qu’il va lui permettre d’avancer. »

Romain PROT

Crédits photos – ASC




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