A la tête de l’AC Amiens depuis 2000, Azouz Hamdane qui n’a jamais usé de la langue de bois. Alors même que son équipe pourrait être reléguée en National 3 en cas de défaite contre la réserve du RC Lens (b), ce samedi, l’entraîneur du club des quartiers nord monte au créneau pour dénoncer l’inquiétant état de déliquescence du football dans la Somme. Entretien.

Avez-vous le sentiment d’être soutenus alors que le club joue sa survie ?

Tous les gens du club ont envie que l’AC Amiens se maintienne en National 2. Bon nombre d’habitants du quartier Nord partagent cette envie. Globalement, je reçois beaucoup de messages d’encouragement des habitants d’Amiens. Même si ce soutien n’est pas forcément palpable ou visible, il existe. Maintenant, je ne suis pas sûr que tout le monde ait envie que l’on reste en National 2. On embête un peu, je ne vise personne en particulier, mais on ne peut pas se contenter de voir les clubs locaux se casser la figure de la sorte sans ne rien faire. Quand on met en place une politique sportive, qu’elle soit métropolitaine, départementale ou régionale, on doit avoir une vision globale et à long terme. Quand on imagine le sport local, le football en l’occurrence, il faut se demander dans quel état sera notre football dans cinq, dix ou quinze ans.

La situation devient préoccupante…

Aujourd’hui, j’ai vraiment peur parce que les Nordistes sont en train de nous manger. L’Amiens SC, qui a fait un parcours exceptionnel en Ligue 1, est une superbe vitrine mais quel intérêt si tous les petits frères s’écroulent ? Aucun. Dans une famille, si un enfant réussi mais que les autres n’en profitent pas, il n’y a véritablement aucun intérêt. Aujourd’hui, Camon, Roye-Noyon, Ailly-sur-Somme et l’AC Amiens ont de grosses difficultés, cela n’alerte personne. Il faut rapidement se poser autour d’une table, réfléchir et mettre de vrais projets en place. Et pas uniquement des projets de communication qui se résument à venir prendre des photos dans le quartier et ainsi dire que l’on soutient l’AC Amiens ou tout autre club. Cela devient insupportable, je dirais même que ça m’est insupportable. Ce qui est sûr, c’est que l’on va tout faire pour que le club ne descende pas. De toute manière, ce n’est pas viable à terme pour l’ensemble du football départemental de voir tous les clubs descendre de la sorte. De notre côté, on va aussi revoir notre copie et mettre en place un autre projet, une autre stratégie. J’ai déjà présenté des idées au président du club, on va voir ce que l’on peut faire maintenant. Il faut vraiment faire attention, sauf si on a décidé que le football n’était pas important ou bien qu’il se résumait à l’ASC. Dans ce cas, c’est cohérent mais si on est ambitieux il faut vite se remettre au boulot.

Craignez-vous d’être arrivé à la fin d’un cycle ?

Une descente peut aussi être reculé pour mieux sauter. Je suis lucide, je sais les conditions dans lesquelles on travaille et les moyens qu’on dispose. Aujourd’hui, on ne peut pas faire de miracles. D’ailleurs, c’est déjà un miracle d’être à la tête d’une équipe depuis dix-sept ans et de l’avoir emmenée de la PH au National 2, avec les problématiques que l’on connaît tous. Cela fait sept ans que nous sommes à ce niveau de compétition et même onze années en Championnat de France si on compte la CFA2 (ndlr : actuel National 3). S’il faut repartir pour dix-sept ans et faire le même parcours, je resigne de suite. En tout cas, je suis fier de tout ce qu’on a fait depuis vingt ans avec mon club. Je suis heureux de voir Amiens en Ligue 1, je l’ai toujours voulu. Maintenant, je suis aussi ambitieux pour mon club et les autres clubs environnants.

Et vous trouvez que tout le monde ne l’est pas…

Ce n’est pas notre boulot de former des joueurs aptes pour le National 2, on n’a pas les moyens pour ça. Tous les moyens sont centralisés à l’Amiens SC. Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs du football ne comprennent pas pourquoi il n’y a pas de rapprochement entre l’ASC et les autres clubs. Ce n’est pas jouer les Père moralisateurs de le dire. Ce n’est pas Camon, Ailly-sur-Somme ou l’AC Amiens qui peut former des joueurs. Il faut qu’Amiens réalise un recrutement localisé. J’ai passé mon stage pratique dans le cadre de ma formation de directeur de centre de formation à Lille et leur premier axe est d’avoir une identité régionale dans le recrutement des jeunes. Tous les meilleurs du bassin lillois doivent être au LOSC. C’est leur leitmotiv et il est partagé par des clubs comme Lyon, Marseille, Montpellier ou Saint-Etienne. A Amiens, on ne forme pas forcément nos gamins, on va les chercher à l’extérieur. Or, quand ils ne passent pas en professionnels, ils repartent parce qu’ils n’ont aucune attache ici et cette formation ne profite à aucun club de la région. En réalité, ils vont réalimenter des clubs dans d’autres régions. On ne fait que créer des clubs forts ailleurs et pendant ce temps-là, ici, on crève tout doucement. Il faut vraiment faire attention, je comprends que l’urgence pour l’ASC était de se maintenir en Ligue 1 mais ils ne peuvent pas avancer seuls. Ils doivent impérativement travailler avec les autres clubs.

Propos recueillis par Romain PECHON

Crédits photo : Romain Pechon – GazetteSports.fr

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