A la tête de l’Amiens Portugais, engagé en Régional 2, Julien Valeri fait partie de ces nombreux entraîneurs qui vivent une saison particulière difficile. Alors que la quasi-totalité des clubs métropolitains jouent le maintien, le technicien amiénois dresse un constat d’échec et tire la sonnette d’alarme. Entretien.

Julien Valeri, vous venez de manquer une belle occasion de prendre vos distances avec la zone rouge en raison de cette défaite contre Breteuil

C’était un match essentiel. On s’était fixé comme objectif de prendre trois points mais on n’a pas réussi. On a trop de manques face aux équipes du haut du tableau, tant techniquement que tactiquement, et malheureusement on ne parvient pas à compenser par l’envie et l’énergie.

Pourtant, l’entame de match était prometteuse…

On était très juste techniquement, on faisait de bonnes choses. Malheureusement, le premier but de Breteuil nous a fait retomber dans nos travers. Face aux difficultés, mes joueurs lâchent très vite. Ils ne parviennent pas à passer au-dessus. Maintenant, on regarde ce que fait Saint-Just-en-Chaussée, il faut qu’on arrive à les laisser derrière nous.

Vous êtes dans l’obligation d’aller faire un résultat à Creil, dimanche prochain…

On va mettre en place quelque chose afin de les faire déjouer. On va essayer de les attendre, de jouer en contre. J’espère surtout que mes joueurs vont prendre conscience que l’avenir du club se joue sur les deux matches qui viennent.

Avez-vous le niveau pour rester en Régional 2 ?

Je pense que ce ne serait pas une catastrophe de descendre car nous avons certainement le niveau Régional 3. Surtout, le football à notre niveau se résume à aller chercher du plaisir chaque dimanche. L’an dernier, on a pris du plaisir en montant, cette année c’est beaucoup plus difficile mais je tâche à essayer de garder ça aux entraînements pour que ça se retranscrive en match.

Derrière l’Amiens SC, le football dans la Somme se porte assez mal. Quel regard portez-vous sur cette situation inquiétante ?

Les entraîneurs sont les principaux responsables. Je pense que nous ne donnons pas assez envie à nos joueurs, on ne modernise certainement pas assez nos discours. On ne parvient pas à leur donner l’envie de venir s’entraîner et de s’investir pour le club. On reste aussi sur des procèdes d’entraînements assez datés. Quand je vois les entraîneurs dans la Somme, ce sont les mêmes depuis des années qui tournent de club en club sans vraiment obtenir de résultats. De mon côté, mon discours ne surprend plus personne par exemple. J’ai très certainement besoin de me former davantage, d’aller voir ce qui se passe dans d’autres clubs.

Ce n’est donc pas un problème de niveau des joueurs ?

Je ne pense pas. Beaucoup sont passés par l’AC Amiens, l’Amiens SC ou bien encore Camon. Ils ont vraiment de bonnes bases techniques et tactiques. Je ne vois pas pourquoi cela marcherait mieux dans le Nord qu’ici. Les joueurs ne sont pas plus talentueux là-bas qu’ils ne le sont ici.

Justement, craignez-vous que cette fusion soit fatale au football dans la Somme ?

Tout le monde pense que l’on va se faire manger, je ne pense pas. Sur le terrain, on a vraiment rien à envier à personne. On a aussi une mentalité et une fierté en Picardie qui fait que dans la difficulté on va réussir à sortir. Malheureusement, cela passera peut-être par des fusions. Aujourd’hui, les joueurs sont davantage attirés par la prime de match que par le contexte. Les clubs du Nord ont compris depuis longtemps qu’il fallait mutualiser leurs forces. Pour le moment, les Picards ont encore une mentalité de clocher à défendre son club face aux voisins. Ce n’est pas forcément une attitude qui permet d’avancer. Je pense que cela devient vital de passer par cette étape. Il faut que cela soit fait par des gens intelligents qui mettent leur ego de côté et pensent uniquement à l’aspect sportif. Cela va aussi inonder tous les petits clubs autour, c’est le meilleur moyen de faire progresser notre district.

Pourtant, l’Amiens SC demeure une belle locomotive même si celle-ci ne semble pas arriver à entraîner des wagons derrière elle…

Clairement. Le fossé est aujourd’hui trop important entre l’Amiens SC et les autres clubs de la région. Quand Amiens était en National, Roye-Noyon, Ailly-sur-Somme ou l’AC Amiens récupéraient des joueurs qui sortaient du centre de formation ou qui restaient sur le carreau. Aujourd’hui, ils partagent à Châteauroux, Nancy ou Lorient. L’Amiens SC est une belle vitrine mais on ne doit rien attendre d’eux. Néanmoins, tout reste une question de finance et de volonté. A-t-on les moyens et l’envie d’avoir un autre club au niveau national en mesure de jouer sa carte au plus haut niveau ? J’ai de sérieux doutes. Quand on prend l’exemple de l’AC Amiens, ils font de la magie depuis plusieurs années. Les frères Hamdane arrivent à trouver des finances pour se maintenir en National 2 et Azouz (Hamdane) tire clairement le maximum de son effectif. Malheureusement, ils sont eux aussi en danger cette saison.

Le risque est-il que cela finisse par user les gens qui souhaitent s’investir dans le football ?

A titre personnel, c’est la première saison où je suis en difficulté avec les Portugais d’Amiens. Cette année, c’est vraiment difficile mais ce n’est pas le moment de lâcher. Le club m’a fait confiance pour entraîner et je souhaite rester au club si le président me renouvelle sa confiance et hors offre difficilement refusable. Cependant, je peux comprendre que cela soit plus compliqué pour ceux qui enchaînent les saisons galères.

Propos recueillis par Romain PECHON

Crédits photo : Reynald Valleron – GazetteSports.fr




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