Ce jeudi 8 mars, journée internationale de la femme, à la suite des matches du tournoi de l’AAC, se tenait une conférence dédiée au développement du sport féminin. Des intervenants de prestige se sont exprimés sur des thèmes différents tels que l’accès au sport, la pratique d’activités dites « masculines », ou encore la reconversion d’après carrière.

Pas facile de se lancer dans le sport

« Je ne pensais pas que tu faisais ça, tu es une fille »

La première à répondre était Kaitly Diboti, jeune haltérophile au SCHAM, récemment appelée en Équipe de France. Elle est revenue sur les réactions qu’elle a pu entendre à l’évocation du sport qu’elle pratique. « Il y en a qui ne connaissent pas, d’autres qui confondent avec le body-building alors que ça n’a rien à voir. Ceux qui connaissent ont des aprioris « Je ne pensais pas que tu faisais ça, tu es une fille ». Je ne leur réponds pas. Mais au sein du club on est accueilli comme tout le monde », déclarait-elle. Et le président du SCHAM Lionel Capron d’insister sur la mixité de son club : « Aujourd’hui il y a 18 filles et 22 garçons au club ».

Elles n’osent pas aller dans les clubs

Laurence Demailly, cadre technique régional au sein de la Ligue des Hauts-de-France de Football, a ensuite félicité le SCHAM pour cette parité : « Pour que l’on puisse avoir notre place il faut qu’il y ait cette mixité ». Puis elle a évoqué les freins que peuvent rencontrer les jeunes filles concernant l’accès au sport. « On a beaucoup filles dans les écoles qui veulent faire du foot, mais elles n’osent pas aller dans les clubs. Il y a aussi des mamans qui pensent encore que le foot n’est pas fait pour les filles », regrettait-elle.

Des leviers remis en cause

Osez faire un sport !

Maëva Contion, spécialiste du 400m haies et championne de France 2015 et 2017 est elle aussi revenue sur les remarques désobligeantes que subissent les femmes sportives. Après quoi elle expliquait : « Quand je m’entraîne je ne suis quasiment qu’avec des garçons. Il y a tout le temps cette rivalité homme/femme, mais très amicale, chacun permet de faire progresser l’autre. Mais il y a beaucoup de femmes qui n’osent pas à cause du regard des autres. Beaucoup ne vont pas oser et se trouvent des excuses. Osez faire quelque chose, osez faire un sport ! ».

Je trouve aberrant qu’il y ait si peu de place au sport dans l’éducation

L’ancien entraîneur de l’ALMVB, Sébastien Martin, exprimait lui sa réticence vis à vis des établissements scolaires : « Depuis des années je trouve aberrant qu’il y ait si peu de place au sport dans l’éducation ». Des propos appuyés par ceux de Laurence Demailly. « En école élémentaire c’est compliqué pour le sport. Ce sont beaucoup de femmes qui sont institutrices et le sport n’est pas leur priorité. Si on ouvre le sport aux familles peut-être que le regard des parents changera » propose-t-elle. Sur quoi a rebondi Maëva Contion : « Le rôle des parents est effectivement important. Si une mère va dans le sens de sa fille en disant que le foot c’est pour les garçons, la petite ne peut pas oser ».

Un fonctionnement et un après carrière différents

Sur le côté féminin il y a une aspiration à maîtriser parfaitement une expression collective

C’est Sébastien Martin qui a le premier évoqué le fait que sportifs et sportives se comportent différemment. « Sur le côté féminin il y a une aspiration à maîtriser parfaitement une expression collective plus que la volonté de retrouver dans l’entraînement ce dont on a besoin individuellement », affirmait-il. Julie Coin, ancienne joueuse professionnelle de tennis et désormais entraîneur, a ensuite fait part de son expérience. « Forcément j’ai le côté féminin qui fait que je peux réussir peut-être à comprendre un peu mieux par quels aspects mentaux les joueuses passent sur le terrain », expliquait-elle. Enfin Marine Arres, enseignante handisport à l’AAC, s’est exprimée sur l’avenir et la pratique du tennis fauteuil : « Entraîner des gens en fauteuil demande d’autres spécificités, beaucoup d’écoute auprès des joueurs et des joueuses. Les sports en fauteuil, le tennis en tout cas, se professionnalise de plus en plus ». Un tournoi organisé par l’AAC devrait même voir le jour prochainement.

La reconversion des femmes est d’autant plus complexe

Le sujet de l’après carrière a lui principalement été évoqué par Julie Gardez, consultante et fondatrice du cabinet Kairhomme avec Jackson Richardson. Elle fait le pont entre sport et entreprise. Julie s’est exprimée sur les difficultés des fins de carrières sportives : « Sur la reconversion, quelqu’un qui fait du sport à fond met sa vie entre parenthèse pour tout donner sur les terrains et quand ça s’arrête on parle du vide […] un vide de tout, il faut reprendre une vie normale ». Un vide parfois très difficile à combler. « La reconversion des femmes est d’autant plus complexe. Qu’est-ce que je fais d’abord ? Des enfants ou un emploi ? », a-t-elle affirmé.

Du progrès dans la région

Le mot de la fin est revenu à Anne Pinon, maire de Dury et présidente de la commission des sports du conseil régional. « Ce soir ce qui était intéressant c’est d’avoir des sportives mais aussi des encadrants. Parce que je pense que la question de la mixité dans le sport se trouve dans la pratique mais aussi dans le personnel encadrant, et dans les postes de direction. Il faut oser, c’est le mot que je retiendrai ce soir. Il ne faut pas avoir peur de franchir les portes des clubs. Les choses bougent dans la région concernant le sport féminin, puisqu’on a un lycée à Saint-Quentin, le lycée Condorcet, qui a une section sport étude foot féminin avec une quinzaine de jeunes lycéennes qui ont un emploi du temps aménagé », s’est-elle félicitée.

Place désormais aux demi-finales puis aux finales ce week-end.

Esteban NOMINE

Crédit photo : SCHAM

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