« J’ai rêvé de ballon au poing » (1/2)

« Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion en partant de Morlancourt où je venais de visiter ma mère, de me rendre à Hérissart, saluer un ami ballonniste. Y a-t-il un rapport de cause à effet avec le songe que je vais raconter maintenant !

La nuit suivante, j’ai rêvé. J’ai rêvé que Fernand Vaquez, mon ancien instituteur à l’école primaire de Morlancourt me demandait d’écrire sur le ballon au poing. Une rédaction sur le ballon au poing !

Mon maître d’école était originaire d’Hérissart, haut-lieu du jeu de ballon, je n’avais donc vraiment pas intérêt à raconter des sottises. D’autant qu’il tenait à ce que le texte comporte des expressions typiques du ballon au poing, qu’il soit vivant, illustré par la description des gestes des ballonnistes, compréhensible par tous.

Il fallait parler des quinze, des trente, des chasses…, etc.

Un peu à la manière dont le ferait un journaliste ou un reporter.

Quel programme ! Comment allais-je m’y prendre ? Moi qui accompagnait mon père et mon grand-père tous les dimanches d’été, sur les places de Ville sur Ancre, Buire sur Ancre, Treux ou encore Ribemont sur Ancre ! Et bien sûr à la fête d’Albert, le premier dimanche d’août et, apogée de la saison, à La Hotoie le 15 août !

En ce temps là, au tout début des années soixante, La Hotoie était un nom prononcé avec tant de considération et d’importance que j’étais persuadé, avec la perception de mes dix ans, qu’il s’agissait sûrement d’une grande ville, un lieu mythique célébré par les ballonnistes, tout à côté d’Amiens !

Pour revenir au devoir d’écriture, certes le jeu de ballon me passionnait mais quant à le décrire dans une rédaction… !

Mais je vénérais Monsieur Vaquez et j’allais tout tenter pour ne pas le décevoir.

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Quelques phases d’une partie de jeu de ballon, le déroulement du premier jeu

La place du village, bordée de vieux tilleuls récemment élagués est bien ensoleillée. La veille, le sol en terre battue a été débarrassé des mauvaises herbes par les jeunes. Le matin, les anciens avaient ressorti les sacs de craie blanche pilée pour tracer les lignes du tir et de la corde et celles autour du terrain.

Le cadre convenait parfaitement pour accueillir le concours de ballon de ce dimanche de mai.

C’est au foncier de l’équipe qui a bénéficié du tir d’effectuer le premier livrage et donc, d’engager la partie. Le joueur réalise une superbe livrée qui va obliger le foncier adverse à un puissant rachas au bond à moins que son basse-volée, peut-être mieux placé, ne décide de reprendre la balle d’une splendide volée.

Le ballon revient. Le premier foncier, bien campé sur ses jambes pour une reprise au bond, s’emploie à casser rageusement le ballon qui fait un premier bond dans le terrain juste avant de sortir des limites. C’est à cet endroit précis que le poseur de chasses va planter le premier piquet, le rouge, indiquant ainsi où se situe la première chasse !

Nouveau livrage avec un ballon fuyant au-dessus de la corde, provoquant un geste maladroit du cordier gauche de l’équipe d’en face. Le ballon touche successivement son avant-bras et sa jambe : quinze pour le tir ! Le joueur, pas assez serré, se fait quelque peu gronder par la galerie.

La balle au tir pour la troisième fois. Belle livrée bas-et-raide qui arrive cependant plein poing sur le basse-volée droit de la formation opposée. Avec beaucoup de chance, la bande mal ajustée s’échappait du poignet, le joueur la renvoie à ras de terre, elle roule quelques bons mètres avant qu’elle ne soit stoppée par l’autre milieu de corde. Le marqueur accourt le long du terrain et indique au poseur le point précis sur lequel la seconde chasse, la bleue, sera posée.

Les deux chasses établies, l’arbitre invite les deux équipes à traverser. On change de camp, les joueurs du fond viennent du côté du tir et inversement, ceux de l’autre équipe prennent leur place au fond du jeu.

Pour l’information des douze joueurs mais aussi celle des spectateurs,  l’arbitre avait pris soin auparavant d’annoncer haut et fort la marque : « quinze au fond en traversant, on joue les deux chasses ! »

Tandis que le poseur se place juste au niveau de la corde pour vérifier que le livreur enverra le ballon au-delà de cette ligne ou que son pied ne franchira pas la ligne de tir, l’arbitre, lui, se positionne au niveau de la chasse rouge, en criant presqu’à tue-tête, « la première est à moi » ! »

Gilles Caron

Crédit photo : Léandre Leber – Gazette Sports

 

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