CYCLISME – Daniel Mangeas : « Le micro m’a permis de soigner ma timidité »

La semaine dernière, dans le Prix Jean Renaux à Amiens, Daniel Mangeas a été une fois encore, un animateur exceptionnel. Il connaît tous les coureurs par cœur, aime aussi user de la petite blague qui fait rire le public notamment quand il s’agit de son collègue J.L. Gilet. Mais avant tout, Daniel Mangeas a la passion, toujours intacte, du cyclisme.

Daniel, on suppose qu’à Amiens, vous avez beaucoup d’amis ?

A Amiens, j’ai en effet de nombreux amis que ce soit Hubert Louvet, Henri-Paul Fin, Jean-Claude Pieri. J’avais aussi un bon copain qui était un passionné de vélo et qui est décédé : Pierre Jacot. C’était un magicien et je sais qu’il aurait aimé être coureur cycliste. Egalement Michel Devaux qui fut adjoint aux sports à Amiens et Jimmy Binet. Je me souviens aussi des critériums Jean Renaux qui se déroulaient dans le centre-ville. Un jour, nous avons eu (ndlr : c’était en 1989) Greg Le Mond. Il y a toujours eu à Amiens, une véritable ferveur pour le cyclisme. Et puis quand mon cousin courait chez les indépendants, je le suivais et me souviens d’un coureur picard qui s’appelait René Grossier. Je me souviens aussi des étapes du Tour de France qui avait vu la victoire de Johann Bruynel et qui avait été la plus rapide. La Picardie est une terre de vélo. A Amiens, il y a le Prix Jean Renaux mais aussi le Grand Prix de la Somme qui aura lieu le 6 mai 2018 et que j’espère commenter ce que je n’avais pu faire cette année. Quand je viens en Picardie, je viens faire mon boulot mais je viens aussi saluer des amis.

Quel souvenir gardez-vous en priorité dans votre mémoire ?

Le plus grand souvenir reste en 2002 quand le Tour de France était parti de mon village. Quand j’avais passé le certificat d’études, la rédaction était basée sur le passage du Tour dans mon village Saint-Martin-de-Landelles. J’avais eu la meilleure note. Mais la réalité a dépassé la fiction car le Tour est parti le 14 juillet 2002 de chez moi. Si j’avais été alors plus âgé, je crois que j’aurais commenté ce départ et que j’aurais ensuite arrêté ma carrière. C’est un beau souvenir mais franchement, je n’ai que des bons souvenirs dans ma mémoire. Quand je traverse une région en voiture, je me dis « tiens j’ai commenté telle épreuve dans cette ville ». J’ai tissé un formidable canevas avec toutes les régions de France.

Vous ressemblez à Pierre Bonte…

Exactement. Je l’écoutais récemment sur une radio et je me suis dit que c’est un truc que j’aurais pu faire. J’adore la vie rurale et je suis resté dans mon patelin qui n’est pas très loin du Mont Saint-Michel. Quand j’étais gamin, j’adorais l’histoire et la géographie. Mon métier m’a permis de faire un jumelage des deux en y ajoutant ma passion qui est celle du sport cycliste et de l’animation. Je suis un ancien timide mais je pense que le micro m’a permis de me soigner.

Et parmi les champions ?

Eddy Merckx qui, pour moi, était un champion exceptionnel. Physiquement, il dégageait quelque chose et je me souviens qu’un jour à Brest, en 1974 – c’était mon premier Tour et j’en ai fait 41 – il y avait un murmure qui se dégageait de la foule autour et derrière Eddy. Il y avait de la part du public de la ferveur mais aussi de l’admiration. Cela je ne l’ai jamais revu par la suite.

En quoi le cyclisme a-t-il changé pour vous ?

C’est devenu un sport d’équipe. Un peu trop même et c’est dommage. J’ai connu le Tour de France avec les équipes régionales. Le coureur avait sa chance et pouvait se glisser dans une échappée. Aujourd’hui, tout est structuré autour d’un leader. On a un scénario qui se ressemble dans les étapes de plaine. Pour un coureur qui a l’impression d’avoir de bonnes jambes, cela doit être frustrant d’être contraint de rester dans le peloton et de ne pas bouger. Le coureur doit alors obtempérer et on l’a vu à la Vuelta avec ce qui est arrivé à Warren Barguil.

Le Tour de France sans Mangeas, ce n’est plus tout à fait le Tour ?

On m’a souvent demandé ce que cela me faisait de ne plus être sur le Tour. Cela me fait penser à une liaison que vous auriez eue depuis 40 ans, avec une belle femme et qui chaque matin, va passer devant chez vous sans que vous puissiez lui parler. J’ai quand même la chance de faire quasiment tout le calendrier professionnel. Je n’ai donc pas arrêté. La rupture aurait été alors brutale. Physiquement, je suis en pleine forme et j’ai la même pêche qu’il y a vingt ans. Je garde la même passion et j’aime le vélo. Je regarde évidemment le Tour de France d’autant que dès le lendemain de l’arrivée, je suis sur les critériums.

Avez-vous d’autres passions sportives ?

Oui je regarde le foot et je m’intéresse aux résultats d’Amiens. L’an dernier, j’avais fait la connaissance de Christophe Pélissier. Je suis aussi supporter d’Avranches dont je suis le voisin. Enfin, j’ai un bon copain qui a été international et qui a joué notamment à Rennes : Loulou Floch qui va sortir un bouquin. Il m’a même demandé d’écrire la préface.

Lionel HERBET

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Journaliste historique du sport Picard et Amiénois. Lionel est la mémoire des plus grands exploits sportifs de la région.