BOXE – Christophe Hembert : « Ce n’est pas l’arbitre qui fait la décision »

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BOXE – Christophe Hembert : « Ce n’est pas l’arbitre qui fait la décision »

Arbitre du championnat du monde opposant l’Amiénois Christopher Sebire à l’Argentin Martin Antonio Coggi, Christophe Hembert est un officiel expérimenté qui a déjà sillonné bon nombre de pays dans sa carrière. Pour autant, il appréhende chaque combat comme si celui-ci était le premier. Encore plus lorsqu’un Français prend part à l’opposition, comme lors de ce championnat du monde organisé au Cirque Jules Verne à Amiens.

Gazette Sports : C’est la première fois que vous venez à Amiens pour arbitrer un combat de boxe ?

Christophe Hembert : C’est effectivement la première fois que je viens à Amiens, je connais Amiens parce que c’est une grande ville, je connais le Cirque puisque dans le monde de la boxe c’est un lieu connu.

Dans votre carrière, vous avez déjà arbitré un championnat du monde ou un combat comptant pour un titre ?

Je suis arbitre W.B.F, arbitre E.B.U, j’ai déjà fait pas mal de championnats. J’ai fait des championnats de France, j’ai arbitré en Allemagne, en Hollande, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg ou encore en Italie.

Le fait que ce combat, opposant un Français à un Argentin, soit arbitré par un Français, est-ce un problème ?

Ce n’est pas l’arbitre qui fait la décision. Ça fait plusieurs années que c’est comme ça, ce sont les Anglais, je crois, qui ont instauré ce modèle. En Angleterre, il y a obligation d’avoir un arbitre anglais et un juge anglais, et beaucoup de fédérations ont repris ça à leur compte. Il n’y a que l’EBU qui souhaite vraiment un jury neutre en quelque sorte. L’arbitre ou le juge peut être influencé, en étant trop sévère avec son compatriote ou, à l’inverse, en étant trop laxiste.

C’est un combat qui devrait aller jusqu’à la distance des douze reprises mais tout va très vite dans la boxe. L’arbitre est là pour protéger l’intégrité physique du boxeur s’il est largement dominé ?

Le premier devoir de l’arbitre est de s’assurer de la bonne santé des boxeurs. Cela se voit à un ensemble de paramètres, les yeux, le regard, les jambes qui tremblent, le boxeur qui a des mouvements qui ne sont plus coordonnés. Souvent, on prend une décision dans un quart de seconde.

Cela vous est-il déjà arrivé de regretter une décision prise rapidement ?

Je n’ai jamais regretté. Je pense que j’ai toujours privilégié la santé, je n’ai donc aucun regret sur un arrêt. Peut-être que quelques fois, j’aurais pu laisser aller le combat un peu plus loin, mais la finalité aurait été la même, j’aurais fini par arrêter le combat.

Vous avez déjà eu du mal à justifier une décision lorsque vous arrêtiez l’un des deux boxeurs ?

Par principe, les deux camps ne veulent jamais que leur gamin s’incline. La boxe, ce n’est pas une course, ils sont deux et l’arbitre est acteur du jeu, il faut prendre une décision, cela frustre toujours un des deux boxeurs. Il faut alors faire preuve de pédagogie pour expliquer notre choix. En boxe, le sportif n’est pas seulement en compétition avec lui-même, il doit se mesurer à un adversaire, le rapport avec l’arbitrage est donc différent. Les entraîneurs ont du mal à comprendre cet aspect, ils pensent toujours que c’est grâce ou à cause de l’arbitre, ce n’est jamais à cause de leur boxeur.

Si au bout des douze reprises, on ne vous a pas vu, c’est que vous avez été bon…

C’est le principe d’un arbitre.

Cela peut aussi arriver que vous soyez obligé d’intervenir lorsque les accrochages sont nombreux…

Le rôle de l’arbitre est d’éclairer le combat, d’empêcher les fautes, afin que le juge trouve le bon vainqueur. C’est donc un ensemble de paramètres mais cela s’apprend au fur et à mesure, avec le temps, avec le ring, avec l’expérience, c’est un travail de longue haleine. Un arbitre, c’est comme un boxeur, il faut vraiment travailler longtemps, apprendre, corriger, se remettre en cause. Avant chaque nouveau combat, on oublie tout ce que l’on a fait avant, on débute un nouveau combat. On peut être bon pendant 99 combats, si au centième on est mauvais, on va retenir que l’on est un mauvais arbitre. Il faut l’accepter, ce sont les règles du jeu.

Pensez-vous que pour être un bon arbitre, il faut nécessaire avoir été boxeur auparavant ?

Pas nécessairement, non. Si on prend le cas d’Alfred Azzaro, qui a été le meilleur arbitre français, il n’a jamais boxé. Quand on a été boxeur, on a une vision d’un style de boxe, quand on n’a pas été on n’a pas de vision. On a donc un regard plus neutre, on regarde clairement les deux boxeurs. Ce n’est pas l’un ou l’autre qui est bon ou mauvais, c’est la conjonction des deux qui fait que l’on sera bon. En conclusion, c’est ni un avantage, ni un inconvénient.

Propos recueillis par Lionel Herbet et Romain Pechon




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